En
2000, pour marquer le nouveau millénaire, les Nations Unies
avaient convoqué une assemblée spéciale à
laquelle avait pris part un nombre record de premiers ministres
et de chefs de gouvernement, comme on n'en avait encore jamais
vu dans une rencontre organisée par l'ONU. Lors de cette
rencontre, les dirigeants du monde se sont engagés à
travailler ensemble et à mobiliser l’énergie et
la capacité de la communauté internationale à
atteindre une série d’objectifs de développement.
L’enjeu majeur était de réduire de moitié
la proportion de population pauvre vivant dans des conditions
extrêmes à l’horizon 2015. Parmi les objectifs identifiés
comme étant nécessaires pour atteindre ce but, il
y a la généralisation de l’école primaire
pour les enfants, la réduction de la mortalité infantile
de 2/3 et celle de la mortalité maternelle de 3/4 en 2015.
Ces
objectifs avaient été choisis avec précaution.
Ils peuvent être atteints. Cependant, ils ne constituent
absolument pas une description des tendances actuelles. Les atteindre
nécessitera un effort de développement significativement
accru de la part de la communauté internationale. Il n’est
pas suffisamment apprécié que nous avons fait des
progrès de développement lors des 30 dernières
années. Les Hommes vivent plus longtemps, il y a plus d’enfants
qui survivent, plus de personnes qui ont accès à
l’éducation et à l’eau potable. Cependant, en partie
à cause de ce progrès - la population s’est accrue
plus que jamais : 3 Milliards en 1960, 6 Milliards maintenant,
et il y en aura 8 Milliards en 2025.
Le
paradoxe de notre temps est ceci : plus de personnes ont échappé
à la pauvreté durant les 50 dernières années
que durant la période s’étendant sur les 500 dernières
années. Cependant, parce que la population mondiale s’est
accrue de façon très significative, il n y a jamais
eu autant de pauvres qu’aujourd’hui. Sur les 6 Milliards d’humains
qui partagent notre planète, il y a en 1.2 Milliard qui
vivent dans une pauvreté abjecte.
Le
défi de notre génération,- si nous voulons
faire des progrès dans le sens de la réduction de
la pauvreté et transmettre une planète durable aux
les générations futures - c’est d’appliquer les
leçons que nous avons apprises à partir des succès
de développement obtenus sur les 30 dernières années
à une large échelle. Réussir à réduire
la pauvreté de moitié en 2015 équivaut à
ce qu’un Milliard de personnes s’arrachent de la pauvreté
entre 1990 et 2015. Si nous pouvons agir ensemble pour y arriver,
nous serons en mesure d’aller de l’avant vers l’élimination
de la pauvreté abjecte de la condition humaine.
Le
monde est en voie d’atteindre l’objectif de réduction de
la pauvreté. Ceci est dû largement aux progrès
considérables faits en Asie - particulièrement en
Chine- au cours des 10 ou 15 dernières années. Cependant,
la mauvaise nouvelle, c’est que nous ne sommes pas entrain de
suivre cette voie en Afrique. Selon les tendances
actuelles, l’Afrique est identifiée comme s’appauvrissant
de plus en plus. C’est le défi dont je veux parler aujourd’hui
et qui est aussi celui du NEPAD - le Nouveau Partenariat pour
le Développement de l’Afrique - pour lequel le gouvernement
sud-africain et le gouvernement des Royaumes Unis se sont résolument
engagés.
L’Afrique
est le continent le plus pauvre. Les 2/3 des pauvres du monde
vivent en Asie et 1/3 en Afrique. Cependant, la pauvreté
est plus profonde et plus ancrée en Afrique. La moitié
des habitants de l’Afrique sub-saharienne vivent avec 1 $ par
jour compte tenu des termes de parité. Cela veut dire qu’ils
doivent survivre avec l’équivalent de ce qu’ils peuvent
acheter avec un dollar, pas dans leurs propres pays, mais aux
USA, ce qui est très peu en réalité.
Durant
les années 1990, la croissance de la population a dépassé
la croissance économique et par conséquent, si cette
tendance se poursuit, le continent deviendra de plus en plus pauvre.
Le défi du NEPAD est d’inverser cette tendance et de s’assurer
que l’Afrique atteindra l’objectif de réduction de la pauvreté
de moitié en 2015. Je pense que c’est possible, mais cela
requiert un engagement très solide à des réformes
de la part des dirigeants africains - et un réel partenariat
des pays industrialisés à soutenir cet effort.
Il
n y a pas de doute que l’histoire a été très
cruelle au peuple africain. L’esclavage et le colonialisme ont
dégradé et exploité le continent, et laissé
derrière un héritage amère. L’apartheid et
la guerre froide ont continué la destruction. Cet histoire
retentit encore dans le monde aujourd’hui, mais le défi
de notre génération est de nous tirer des pattes
du passé et de créer les conditions qui donneront
aux habitants du continent un meilleur avenir. Et nous avons l’opportunité
d’agir ainsi. Convenablement gérée, la mondialisation
nous ouvre des possibilités que nous n’avons jamais eues
auparavant. Elle est entrain de créer des conditions qui
font qu’il nous est possible de dépasser les inégalités
historiques fortement ancrées et de partager la connaissance,
le capital et la technologie dont nous disposons maintenant, de
sorte à commencer à guérir des divisions
héritées du colonialisme et du développement
inégal.
Cependant,
si nous avons à tirer des leçons de l’histoire,
nous devons faire face au fait qu’une partie de la situation actuelle
du continent est due en partie aux politiques menées par
les gouvernements africains lors des dernières décades.
Le revenu per capita en Afrique est plus bas aujourd’hui qu’il
y a 30 ans, à l’apogée du mouvement d’indépendance.
Ainsi aujourd’hui, presque 50 % des africains au sud du Sahara
vivent avec moins d’un $ par jour; 20 % de la population est affectée
par des conflits violents; et dans plusieurs pays, la malgouvernance
et la corruption dégradent encore davantage la condition
des pauvres. En plus de cela, nous faisons face à la tragique
et brusque réalité de plus de 25 Millions de personnes
vivant avec le VIH/SIDA. Sur les tendances actuelles aucun des
objectifs de développement du Millénaire ne seront
atteints et l’Afrique sera plus que jamais pauvre.
Le
but du NEPAD est de renverser toutes ces tendances. Nous devons
être ambitieux sur ce qui peut être réussi
- mais toutes les parties prenantes du partenariat doivent
être conscients que la démarche doit changer, et
le NEPAD doit conduire à un changement profond du
rythme et de la profondeur du développement en Afrique.
Je
veux en venir maintenant au calendrier d’actions et parler du
type de progrès que le NEPAD a besoin de faire pour être
sûr que l’Afrique ira de l’avant et atteindra les objectifs
de développement du Millénaire.
Le
premier thème que le NEPAD a souligné est le conflit
armé. 20 % de la population africaine vit sous des conditions
de conflits. Dans le monde d’après guerre froide, le conflit
a changé. Il concerne les zones les plus pauvres du monde
et oppose plus les citoyens d’un même pays que ceux de pays
différents. Les victimes sont plus généralement
des civils. Nous avons des personnes déplacées et
des réfugiés comme jamais auparavant. Ce sont en
majorité des femmes et des enfants, et la plupart d’entre
eux viennent des pays en développement. Ces conflits causent
évidemment de terribles souffrances et retardent le développement
économique dans les pays affectés. Cependant en
Afrique, il y a tellement de conflits que pratiquement tout le
continent est touché, et l’état de guerre constitue
une grande obstruction aux investissements domestiques.
La
Banque Mondiale estime que le conflit coûte à l’Afrique
2 % de croissance économique par an. En matière
de résolution des conflits, nous sommes dans la position
de faire de considérables progrès. Nous avons appris
en Sierra Leone qu’en concentrant l’effort international, le conflit
peut être arrêté et les institutions de l’Etat
peuvent être reconstruites. Il est aussi clair en R.d.C,
en Angola et au Soudan - les trois grands pays riches en ressources
qui divisent le continent et qui ont été plongés
dans le conflit pendant deux générations - les conditions
pour la paix sont remplies.
Le
NEPAD a souligné la résolution des conflits comme
une de ses priorités. Si, au cours des prochaines années,
nous pouvons commencer à travailler ensemble pour nous
assurer que la paix est sécurisée dans ces trois
pays, les perspectives d’avenir de l’Afrique pourraient
changer. Cela constituera la première priorité lors
de la rencontre NEPAD/G8 qui se tiendra en Juin (note de la traductrice).
Le
second problème majeur pour l’Afrique est le besoin d’augmenter
les niveaux actuels de croissance économique. Il y a eu
des progrès lors des dernières années. Après
la croissance négative que plusieurs pays ont connu à
la fin des années 80 et au début des années
90, l’Afrique est en train d’atteindre un taux de croissance de
3 %. Cependant, pour réduire la pauvreté de moitié
en 2015, l’Afrique sub-saharienne a besoin d’une croissance de
économique de 7 % chaque année, et ce jusqu'en 2015.
Ce n'est pas impossible. Des pays comme l’Ouganda, le Mozambique
et le Botswana ont atteint un tel niveau de croissance - et l’engagement
aux réformes dans des pays comme le Ghana, la Tanzanie
et l’Ethiopie va conduire vraisemblablement à des progrès
significatifs.
Cependant
le partenariat dans le cadre du NEPAD ne doit être satisfaisant
que lorsqu’il y aura un engagement à une réforme
qui générera une croissance de 7 % à travers
le continent. C’est le but que doit se fixer l’Afrique.
Atteindre
des niveaux de croissance nécessaires pour réduire
la pauvreté en Afrique de moitié en 2015 nécessite
une meilleure gouvernance politique et économique sur tout
le continent. Nous avons tous appris des leçons douloureuses
concernant la bonne gouvernance dans le 20ème siècle.
Pendant les années de guerre froide, le débat sur
les droits de l’homme et la bonne gouvernance ont divisé
le monde en partisans des droits "rouge" et "bleu".
Les droits économiques et sociaux ont été
perçus comme alternatives aux droits civil et politique.
C’est une fausse polarisation. Les gens pauvres ont besoin de
droits politiques pour être en mesure d’exprimer leurs points
de vue et leurs préférences, et de droits sociaux
et économiques en vue de jouir de leur humanité,
et de voir leurs enfants grandir et se développer.
Dans
le bloc soviétique, la concentration du pouvoir entre les
mains de l’Etat a conduit à une répression politique
et à un échec économique. A l’époque
du néolibéralisme - diversement connu sous le nom
de Reaganomie, Thatchérisme ou Monétarisme - la
puissance excessive au marché a conduit à une croissance
inégale, à l’exclusion, à l’instabilité
et à un déclin des services publics essentiels.
L’histoire nous a appris que la bonne gouvernance signifie la
création d’institutions d’un Etat moderne compétent,
de sorte que les conditions macro-économiques encouragent
la croissance et la réduction de la pauvreté et
que les institutions gouvernementales effectives assurent santé
et éducation, eau potable et développement humain
pour tout le monde.
Très
souvent dans le passé, le débat autour des droits
de l’Homme et de la bonne gouvernance a été sali
par des perceptions (parfois fondées, parfois pas) telles
que les pays de l’OCDE ont imposé leurs propres valeurs
aux gouvernements des pays en développement dépendants.
L’un des aspects importants du NEPAD - et du récent consensus
obtenu à la conférence sur le financement du développement
à Monterrey - est que ce sont les pays en développement
qui appellent eux-mêmes à la conduite de réformes.
Il
est de plus en plus compris que la démocratie est nécessaire
pour permettre aux pauvres de faire entendre leurs voix. Un secteur
privé florissant est nécessaire pour générer
la croissance en vue de la réduction de la pauvreté.
La santé universelle et l’accès à l’éducation
sont des droits humains fondamentaux et sont aussi essentiels
pour le développement d’économies modernes. Et une
ferme action contre la corruption est nécessaire, à
la fois pour assurer que les ressources publiques sont dépensées
au bénéfice des pauvres et pour créer les
conditions qui encouragent les investissements nécessaires
à la croissance de l’économie et qui donnent accès
à la technologie moderne. La bonne gouvernance n’est pas
une option en plus. C’est le droit de chaque peuple, où
qu’il se trouve, et c’est une précondition de la croissance
économique et de la réduction de la pauvreté
- comme le démontre assez clairement la tragédie
qui se déroule au Zimbabwe.
La
troisième chose qui est cruciale au NEPAD et ses partenaires
du G8 entre autres, ce sont des termes d’échange plus équilibrés.
70 % - et plus- des exportations africaines sont des matières
premières et la plupart des prix de ces produits chutent
considérablement. Les lois actuelles du commerce créent
de sérieux obstacles à la transformation et à
la valeur ajoutée dont l’Afrique a besoin pour accélérer
la croissance économique, générer des revenus
plus élevés pour les travailleurs et être
en mesure d’exporter suffisamment pour pouvoir investir dans de
meilleurs systèmes de transport et des infrastructures
nécessaires pour le développement.
Lors
de la conférence de l’OMC à Doha à Qatar
en Novembre 2001, les pays en développement on travaillé
ensemble , saisi les opportunités créées
par les structures basées sur l’adhésion de l’OMC
pour obtenir des accords sur un agenda pour le prochain round
de négociation qui pourrait donner de meilleures opportunités
d’échanges aux pays en développement. Pendant trop
longtemps, les puissances occidentales ont donné des leçons
de libéralisation du commerce au monde en développement,
mais en même temps ont créée des barrières
à l’accès à leurs marchés. Doha a
mis en place un agenda d’action pour le changement. Le NEPAD et
le G8 doivent s’assurer que cela concernera aussi l’Afrique.
Cependant
l’Afrique peut faire plus pour encourager les échanges
à l’intérieur du continent. Le barrières
de commerce entre les pays africains sont élevées.
Cela crée des obstacles à l’intégration régionale,
à la croissance économique et à l’investissement
domestique. Il revient entièrement à l’Afrique de
s’accorder sur la baisse de ces barrières, ce qui pourrait
contribuer significativement à augmenter la croissance
économique à travers le continent.
Cela
pourrait être complété par un accord d’investissement
sur l’ensemble continent, ce qui améliorerait les perspectives
d’investissement domestique pour tous les pays africains.
Cela
m’amène à aborder la quatrième question à
laquelle le NEPAD accorde une place de choix : l’investissement
domestique et le besoin accru d’investir en faveur des infrastructures.
Il n y a pas de doute que des systèmes de transport peu
fournis en Afrique sont une barrière majeure au développement
économique, et alourdissent considérablement les
coûts des exportations. Les faiblesses en matière
d’infrastructure sont le reflet du sous-développement et
un obstacle à la croissance économique. La plupart
des africains n’ont jamais utilisé un téléphone,
moins de 10 % des ruraux africains ont accès à l’électricité,
le manque d’eau potable et de système sanitaire coûte
de l’énergie et du temps, et conduit à une mauvaise
santé. Il y a plus de connections à Internet à
New York que sur toute l’Afrique, et l’Afrique est l’endroit au
monde où les coûts de connections au réseau
Internet sont les plus élevés.
Trop
souvent, le débat sur le besoin en investissement interne
a lieu entre les gouvernements. Les gouvernements des pays de
l’OCDE n’ont pas le pouvoir d’amener leur secteur privé
à investir dans un pays particulier. Et très souvent
les gouvernements des pays en développement sont amenés
à croire que des exonérations fiscales ou la création
de zones d’investissement avec peu de normes environnementales
ou de travail sont un moyen d’encourager l’investissement interne.
En fait, les conditions qui font que l’épargne domestique
est investie sur place - comme la régulation de ses propres
banques et l’exécution légale des contrats - et
les conditions qui encouragent la croissance - comme la stabilité
économique, des taux d’intérêts bas, l’accès
au crédit, la suppression de la régulation bureaucratique
- sont les mêmes conditions qui attirent l’investissement
interne. Le point important ici est que les réformes nécessaires
pour encourager la croissance d’un secteur privé africain
solide sont les mêmes que les réformes dont on a
besoin pour attirer l’investissement interne. Et une réforme
urgente est essentielle parce que dans les conditions actuelles,
40 % de l’épargne qui auraient due être la base pour
accroître l’investissement domestique quittent le continent
et sont investis ailleurs.
Il
y a dans ce contexte de globalisation un surplus de capital qui
ne cherche que des opportunités d’investissement. Et ce
capital sait qu’il peut gagner en retour des taux plus élevés
dans les marchés émergents que dans les pays de
l’OCDE. Un tel investissement, particulièrement l’investissement
direct étranger, les techniques de management et le transfert
de technologie qui va avec, ont été cruciaux à
la croissance économique rapide et à la réduction
de la pauvreté atteints par les économies des pays
de l’Asie de l’Est lors des 30 dernières années.
Mais en ce moment seule une petite partie de cet investissement
international croissant se retrouve en Afrique. Des progrès
dans les conflits, l’amélioration de la gouvernance et
l’exécution des codes et normes retenus lors de la réunion
du NEPAD à Abuja sont cruciaux pour créer un climat
en Afrique qui canalise les investissements et le transfert de
technologie qu’il apporte. Le NEPAD doit conduire cette réforme
vers l’avant de sorte que des partenariats puissent être
crées entre le secteur public et le secteur privé
afin de générer un accroissement massif de l’investissement
dans les infrastructures nécessaires.
Le
cinquième aspect crucial au succès du NEPAD est
l’augmentation de l’investissement dans le développement
humain. Pour sécuriser le progrès rapide dans l’éducation
et les systèmes sanitaires efficaces. Le niveau élevé
de maladies endémiques en Afrique est une lourde charge
qui fait reculer le développement du continent. Le paludisme,
la tuberculose et le Sida sont une charge qui cause une souffrance
humaine énorme et une perte économique sévère.
Comme je l’ai déjà dit, plus de 25 Millions d’Africains
sont infectés par le virus du Sida qui va conduire à
d’importantes pertes humaines et économiques dans les années
à venir. De plus, beaucoup d’enfants meurent de maladies
diarrhéiques et respiratoires, de paludisme et de rougeole,
et beaucoup de femmes meurent ou deviennent invalides à
la suite d’un accouchement, faute d’interventions médicales
simples.
Les
recherches récentes - notamment celles menées par
la commission sur la macro-économie et la santé
de l’OMS - ont démontré clairement que l’absence
d’un état sanitaire satisfaisant est non seulement une
cause terrible de souffrance humaine, mais aussi un obstacle au
développement économique. Les pauvres du monde ne
constituent pas un groupe statique. Ils travaillent très
dur et souvent parviennent à améliorer leur avenir.
Cependant, la maladie soudaine du soutien de famille ou d’un enfant
qui a besoin de soins médicaux, les oblige à emprunter,
à recourir à leurs économies ou à
vendre leurs animaux, ce qui les ramène à la pauvreté.
Le
Sida est un sérieux obstacle au développement économique
en Afrique, mais les récents développements montrent
des avancements. Le Sénégal et l’Ouganda ont démontré
que les niveaux d’infection au VIH/Sida peuvent être maintenus
bas ou réduits de manière drastique grâce
à un solide engagement à l’éducation publique,
au contrôle et au traitement de maladies sexuellement transmissibles
et à la large diffusion de préservatifs. En seulement
4 ans, le taux de prévalence du VIH/Sida en Ouganda est
passé de 10 à 6 %. Ces leçons doivent être
urgemment appliquées dans chaque pays africain, et de manière
plus large, afin d’inverser le taux croissant d’infection en Inde,
en Chine, en Russie et dans les Caraïbes. Plusieurs pays
sont entrain de mettre en place des méthodes, afin de prévenir
la transmission de la mère à l’enfant, et de profiter
des offres des compagnies pharmaceutiques de réduire les
prix des anti-rétro-viraux. A long terme, il est évident
que nous aurons un vaccin contre le Sida et un microbicide qui
permettra aux femmes de se protéger contre l’infection.
A
part le Sida, l’Alliance Globale pour les Vaccins et l’Immunisation
accroîtra la disponibilité en vaccins et améliorera
le niveau d’immunisation des enfants. Le Fonds Global de Santé
augmentera la disponibilité en médicaments et produits
pour le traitement et la prévention du Sida, de la tuberculose
et du paludisme. Pour s’assurer que ces traitements sont disponibles
pour les pauvres en Afrique, un effort majeur est nécessaire
pour mettre en place des systèmes de soins de santé
primaire qui vont assurer que ces traitements soient à
la disposition de tout le monde. Bien sûr nous devons nous
assurer que les prix des médicaments baissent dans les
pays en développement et nous avons besoin d’un accord
entre le secteur privé et le secteur public pour atteindre
cet objectif. Nous sommes entrain de travailler pour y parvenir,
mais sans de meilleurs systèmes sanitaires de base, plusieurs
personnes en Afrique ne seront pas à mesure d’accéder
à ces médicaments, quelque soit leur prix. L’amélioration
des systèmes de santé doit venir des gouvernements
africains et doit être encouragée par le NEPAD. Il
y a aussi des modèles prometteurs de succès dans
des pays comme le Ghana et la Zambie, qui doivent être appliqués
à plus grande échelle.
De
la même façon, l’éducation est un droit fondamental
de l’Homme, mais aussi un investissement majeur pour une économie
moderne réussie. Il est clair que l’investissement le plus
important qu’un pays peut faire pour accélérer le
développement est d’éduquer une génération
d’enfants - ses filles y inclus. Les objectifs de développement
du Millénaire comprennent un engagement à l’éducation
primaire universelle en 2015. Evidemment, nos aspirations ne doivent
pas s’arrêter à l’éducation primaire. L’éducation
est l’aspect dominant d’une économie moderne. A considérer
les tendances actuelles, l’Afrique n’atteindra pas les objectifs
de l’éducation primaire en 2015. Clairement, nous devons
- et pouvons faire mieux, et des pays comme l’Ouganda, le Rwanda,
le Malawi et la Tanzanie ont obtenu des résultats significatifs.
Le NEPAD doit travailler dans le sens d’un plus grand progrès
sur le continent.
L’aspect
final sur lequel je souhaiterais intervenir aujourd’hui est l’aide.
Aussi bien le NEPAD que le Consensus de Monterrey ont appelé
à plus d’aide et à une meilleure assistance aux
pays en développement. Et des études conduites par
l’ancien Président Zedillo du Mexique pour le compte de
la rencontre de Monterrey et la Banque Mondiale ont suggéré
que nous avons besoin d’un doublement de l’aide au développement
qui doit passer de 50 Milliards de $ comme c’est le cas actuellement,
à 100 Milliards de $, pour que le monde puisse atteindre
les objectifs de développement du Millénaire. A
Monterrey, l’Union Européenne s’est engagée à
augmenter son aide au développement qui est actuellement
de 0,33 % du PNB à 0,39 % en 2006. Cela veut dire que l’UE
dépensera 7 Milliards de $ additionnels par an jusqu’en
2006, alors que les USA donneront un plus de 5 Milliards par an,
comparativement au niveau actuel. Monterrey a donc marqué
un renversement souhaité d’une longue tendance à
la baisse de l’aide au développement. Le Royaume Uni a
réussi à renverser la tendance à la baisse
de l’aide au développement observée sous le précédent
gouvernement et a accru ses dépenses de 40 % depuis 1997.
Cela signifie que nos dépenses en Afrique ont atteint 70
% pour 1,2 Milliard de $ par an.
Ce
qui est également important, c’est l’engagement à
améliorer la qualité de l’aide. Dans le passé,
cela a souvent été utilisé pour des raisons
politiques, soit pour promouvoir les intérêts commerciaux
des pays donateurs, soit pour propulser des souverains corrompus
qui ne se soucient guère du développement. Nous
avons accompli cependant plusieurs progrès au cours des
dernières années.
Contre
une résistance considérable, l’aide est de moins
en moins subordonnée à l’intérêt des
donateurs et des consultants. Elle commence maintenant à
être focalisée dans les zones où il y a le
plus grand nombre de pauvres et à être utilisée
pour soutenir les réformateurs. Cela a déjà
grandement augmenté son efficacité à réduire
la pauvreté. Si toute l’aide était utilisée
de cette manière, la valeur des 50 Milliards de $ augmenterait
de 50 %.
En
outre, les pays en progrès ont renoncé à
financer la prolifération des projets pour soutenir des
Stratégies de réduction de la pauvreté mises
en place par les pays développés eux-mêmes.
Sans surprise, l’expérience a montré que les agendas
de réforme mises en œuvre localement réussissent
beaucoup plus que ceux imposés par Washington. La conséquence
a été le renforcement considérable de la
qualité et de l’effectivité des institutions locales,
y inclus les ministères des finances, les banques centrales,
les systèmes d’éducation et de santé, le
trésor public, le tribunal et le secteur de la sécurité.
Ceci est en soi une augmentation de la qualité de la gouvernance.
Et l’amélioration conséquente de la gestion des
finances publiques permet le développement d’agences de
transfert de ressources directes au budget des gouvernements,
aidant ainsi à financer de rapides améliorations
en matière de santé, d’éducation et d’autres
services liés à la réduction de la pauvreté.
Le NEPAD doit s’appuyer sur ces réformes plutôt que
d’essayer d’inventer de nouvelles structures ou de prendre d’autres
dispositions.
Ma
conclusion est alors très claire. Selon les tendances actuelles,
l’Afrique ne réduira pas la pauvreté en 2015. Même
pire, l’Afrique sera encore plus pauvre, et ce sera une tragédie
pour son peuple et une menace pour la sécurité future
et la stabilité du monde. Ce destin n’est pas inévitable.
Il est possible de renverser cette tendance et d’atteindre les
objectifs de développement fixés pour 2015, mais
cela requiert des efforts massifs. Le sida rendra la tâche
plus difficile. Les aspects clés sont la résolution
des conflits, la réforme économique et le développement
humain. C’est la tâche du NEPAD.
Si
le NEPAD doit réussir, il doit transformer la relation
entre l’Afrique et le reste du monde. Il ne doit pas créer
de nouvelles rencontres et de nouveaux processus bureaucratiques.
Il doit apporter une nouvelle pulsion, une nouvelle énergie
politique et une convergence de nos efforts pour pousser le développement
de l’Afrique en avant. Le plus important de tout cela, c’est que
les peuples de l’Afrique doivent être armés pour
exiger plus de leurs gouvernements et de la communauté
internationale - les deux ne les ont laissés tomber que
trop longtemps.
1) Mme Short est le secrétaire
d’Etat du Royaume Uni pour le développement international.
Elle a tenu ce discours lors d’une récente visite en Afrique
du Sud, et où à l’initiative du SARPN (Réseau
régional de l’Afrique australe de lutte contre la pauvreté)
elle était invitée à s’exprimer sur le NEPAD.
Nous remercions au passage le SARPN de nous avoir autorisé
à le traduire : Le texte original, en anglais peut
être téléchargé à l’adresse
suivante : www.sarpn.org/Activities/Forth/clareShort/