L'Afrique peut-elle réduire sa pauvreté de moitié d'ici l'horizon 2015 ? - Le défi au Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique
Par Ms Clare Short1

Texte traduit de l’anglais par Aissatou Thioubou, Agora 21.
 
 
 

En 2000, pour marquer le nouveau millénaire, les Nations Unies avaient convoqué une assemblée spéciale à laquelle avait pris part un nombre record de premiers ministres et de chefs de gouvernement, comme on n'en avait encore jamais vu dans une rencontre organisée par l'ONU. Lors de cette rencontre, les dirigeants du monde se sont engagés à travailler ensemble et à mobiliser l’énergie et la capacité de la communauté internationale à atteindre une série d’objectifs de développement. L’enjeu majeur était de réduire de moitié la proportion de population pauvre vivant dans des conditions extrêmes à l’horizon 2015. Parmi les objectifs identifiés comme étant nécessaires pour atteindre ce but, il y a la généralisation de l’école primaire pour les enfants, la réduction de la mortalité infantile de 2/3 et celle de la mortalité maternelle de 3/4 en 2015.

Ces objectifs avaient été choisis avec précaution. Ils peuvent être atteints. Cependant, ils ne constituent absolument pas une description des tendances actuelles. Les atteindre nécessitera un effort de développement significativement accru de la part de la communauté internationale. Il n’est pas suffisamment apprécié que nous avons fait des progrès de développement lors des 30 dernières années. Les Hommes vivent plus longtemps, il y a plus d’enfants qui survivent, plus de personnes qui ont accès à l’éducation et à l’eau potable. Cependant, en partie à cause de ce progrès - la population s’est accrue plus que jamais : 3 Milliards en 1960, 6 Milliards maintenant, et il y en aura 8 Milliards en 2025.

Le paradoxe de notre temps est ceci : plus de personnes ont échappé à la pauvreté durant les 50 dernières années que durant la période s’étendant sur les 500 dernières années. Cependant, parce que la population mondiale s’est accrue de façon très significative, il n y a jamais eu autant de pauvres qu’aujourd’hui. Sur les 6 Milliards d’humains qui partagent notre planète, il y a en 1.2 Milliard qui vivent dans une pauvreté abjecte.

Le défi de notre génération,- si nous voulons faire des progrès dans le sens de la réduction de la pauvreté et transmettre une planète durable aux les générations futures - c’est d’appliquer les leçons que nous avons apprises à partir des succès de développement obtenus sur les 30 dernières années à une large échelle. Réussir à réduire la pauvreté de moitié en 2015 équivaut à ce qu’un Milliard de personnes s’arrachent de la pauvreté entre 1990 et 2015. Si nous pouvons agir ensemble pour y arriver, nous serons en mesure d’aller de l’avant vers l’élimination de la pauvreté abjecte de la condition humaine.

Le monde est en voie d’atteindre l’objectif de réduction de la pauvreté. Ceci est dû largement aux progrès considérables faits en Asie - particulièrement en Chine- au cours des 10 ou 15 dernières années. Cependant, la mauvaise nouvelle, c’est que nous ne sommes pas entrain de suivre cette voie en Afrique. Selon les tendances actuelles, l’Afrique est identifiée comme s’appauvrissant de plus en plus. C’est le défi dont je veux parler aujourd’hui et qui est aussi celui du NEPAD - le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique - pour lequel le gouvernement sud-africain et le gouvernement des Royaumes Unis se sont résolument engagés.

L’Afrique est le continent le plus pauvre. Les 2/3 des pauvres du monde vivent en Asie et 1/3 en Afrique. Cependant, la pauvreté est plus profonde et plus ancrée en Afrique. La moitié des habitants de l’Afrique sub-saharienne vivent avec 1 $ par jour compte tenu des termes de parité. Cela veut dire qu’ils doivent survivre avec l’équivalent de ce qu’ils peuvent acheter avec un dollar, pas dans leurs propres pays, mais aux USA, ce qui est très peu en réalité.

Durant les années 1990, la croissance de la population a dépassé la croissance économique et par conséquent, si cette tendance se poursuit, le continent deviendra de plus en plus pauvre. Le défi du NEPAD est d’inverser cette tendance et de s’assurer que l’Afrique atteindra l’objectif de réduction de la pauvreté de moitié en 2015. Je pense que c’est possible, mais cela requiert un engagement très solide à des réformes de la part des dirigeants africains - et un réel partenariat des pays industrialisés à soutenir cet effort.

Il n y a pas de doute que l’histoire a été très cruelle au peuple africain. L’esclavage et le colonialisme ont dégradé et exploité le continent, et laissé derrière un héritage amère. L’apartheid et la guerre froide ont continué la destruction. Cet histoire retentit encore dans le monde aujourd’hui, mais le défi de notre génération est de nous tirer des pattes du passé et de créer les conditions qui donneront aux habitants du continent un meilleur avenir. Et nous avons l’opportunité d’agir ainsi. Convenablement gérée, la mondialisation nous ouvre des possibilités que nous n’avons jamais eues auparavant. Elle est entrain de créer des conditions qui font qu’il nous est possible de dépasser les inégalités historiques fortement ancrées et de partager la connaissance, le capital et la technologie dont nous disposons maintenant, de sorte à commencer à guérir des divisions héritées du colonialisme et du développement inégal.

Cependant, si nous avons à tirer des leçons de l’histoire, nous devons faire face au fait qu’une partie de la situation actuelle du continent est due en partie aux politiques menées par les gouvernements africains lors des dernières décades. Le revenu per capita en Afrique est plus bas aujourd’hui qu’il y a 30 ans, à l’apogée du mouvement d’indépendance. Ainsi aujourd’hui, presque 50 % des africains au sud du Sahara vivent avec moins d’un $ par jour; 20 % de la population est affectée par des conflits violents; et dans plusieurs pays, la malgouvernance et la corruption dégradent encore davantage la condition des pauvres. En plus de cela, nous faisons face à la tragique et brusque réalité de plus de 25 Millions de personnes vivant avec le VIH/SIDA. Sur les tendances actuelles aucun des objectifs de développement du Millénaire ne seront atteints et l’Afrique sera plus que jamais pauvre.

Le but du NEPAD est de renverser toutes ces tendances. Nous devons être ambitieux sur ce qui peut être réussi - mais toutes les parties prenantes du partenariat doivent être conscients que la démarche doit changer, et le NEPAD doit conduire à un changement profond du rythme et de la profondeur du développement en Afrique.

Je veux en venir maintenant au calendrier d’actions et parler du type de progrès que le NEPAD a besoin de faire pour être sûr que l’Afrique ira de l’avant et atteindra les objectifs de développement du Millénaire.

Le premier thème que le NEPAD a souligné est le conflit armé. 20 % de la population africaine vit sous des conditions de conflits. Dans le monde d’après guerre froide, le conflit a changé. Il concerne les zones les plus pauvres du monde et oppose plus les citoyens d’un même pays que ceux de pays différents. Les victimes sont plus généralement des civils. Nous avons des personnes déplacées et des réfugiés comme jamais auparavant. Ce sont en majorité des femmes et des enfants, et la plupart d’entre eux viennent des pays en développement. Ces conflits causent évidemment de terribles souffrances et retardent le développement économique dans les pays affectés. Cependant en Afrique, il y a tellement de conflits que pratiquement tout le continent est touché, et l’état de guerre constitue une grande obstruction aux investissements domestiques.

La Banque Mondiale estime que le conflit coûte à l’Afrique 2 % de croissance économique par an. En matière de résolution des conflits, nous sommes dans la position de faire de considérables progrès. Nous avons appris en Sierra Leone qu’en concentrant l’effort international, le conflit peut être arrêté et les institutions de l’Etat peuvent être reconstruites. Il est aussi clair en R.d.C, en Angola et au Soudan - les trois grands pays riches en ressources qui divisent le continent et qui ont été plongés dans le conflit pendant deux générations - les conditions pour la paix sont remplies.

Le NEPAD a souligné la résolution des conflits comme une de ses priorités. Si, au cours des prochaines années, nous pouvons commencer à travailler ensemble pour nous assurer que la paix est sécurisée dans ces trois pays, les perspectives d’avenir de l’Afrique pourraient changer. Cela constituera la première priorité lors de la rencontre NEPAD/G8 qui se tiendra en Juin (note de la traductrice).

Le second problème majeur pour l’Afrique est le besoin d’augmenter les niveaux actuels de croissance économique. Il y a eu des progrès lors des dernières années. Après la croissance négative que plusieurs pays ont connu à la fin des années 80 et au début des années 90, l’Afrique est en train d’atteindre un taux de croissance de 3 %. Cependant, pour réduire la pauvreté de moitié en 2015, l’Afrique sub-saharienne a besoin d’une croissance de économique de 7 % chaque année, et ce jusqu'en 2015. Ce n'est pas impossible. Des pays comme l’Ouganda, le Mozambique et le Botswana ont atteint un tel niveau de croissance - et l’engagement aux réformes dans des pays comme le Ghana, la Tanzanie et l’Ethiopie va conduire vraisemblablement à des progrès significatifs.

Cependant le partenariat dans le cadre du NEPAD ne doit être satisfaisant que lorsqu’il y aura un engagement à une réforme qui générera une croissance de 7 % à travers le continent. C’est le but que doit se fixer l’Afrique.

Atteindre des niveaux de croissance nécessaires pour réduire la pauvreté en Afrique de moitié en 2015 nécessite une meilleure gouvernance politique et économique sur tout le continent. Nous avons tous appris des leçons douloureuses concernant la bonne gouvernance dans le 20ème siècle. Pendant les années de guerre froide, le débat sur les droits de l’homme et la bonne gouvernance ont divisé le monde en partisans des droits "rouge" et "bleu". Les droits économiques et sociaux ont été perçus comme alternatives aux droits civil et politique. C’est une fausse polarisation. Les gens pauvres ont besoin de droits politiques pour être en mesure d’exprimer leurs points de vue et leurs préférences, et de droits sociaux et économiques en vue de jouir de leur humanité, et de voir leurs enfants grandir et se développer.

Dans le bloc soviétique, la concentration du pouvoir entre les mains de l’Etat a conduit à une répression politique et à un échec économique. A l’époque du néolibéralisme - diversement connu sous le nom de Reaganomie, Thatchérisme ou Monétarisme - la puissance excessive au marché a conduit à une croissance inégale, à l’exclusion, à l’instabilité et à un déclin des services publics essentiels. L’histoire nous a appris que la bonne gouvernance signifie la création d’institutions d’un Etat moderne compétent, de sorte que les conditions macro-économiques encouragent la croissance et la réduction de la pauvreté et que les institutions gouvernementales effectives assurent santé et éducation, eau potable et développement humain pour tout le monde.

Très souvent dans le passé, le débat autour des droits de l’Homme et de la bonne gouvernance a été sali par des perceptions (parfois fondées, parfois pas) telles que les pays de l’OCDE ont imposé leurs propres valeurs aux gouvernements des pays en développement dépendants. L’un des aspects importants du NEPAD - et du récent consensus obtenu à la conférence sur le financement du développement à Monterrey - est que ce sont les pays en développement qui appellent eux-mêmes à la conduite de réformes.

Il est de plus en plus compris que la démocratie est nécessaire pour permettre aux pauvres de faire entendre leurs voix. Un secteur privé florissant est nécessaire pour générer la croissance en vue de la réduction de la pauvreté. La santé universelle et l’accès à l’éducation sont des droits humains fondamentaux et sont aussi essentiels pour le développement d’économies modernes. Et une ferme action contre la corruption est nécessaire, à la fois pour assurer que les ressources publiques sont dépensées au bénéfice des pauvres et pour créer les conditions qui encouragent les investissements nécessaires à la croissance de l’économie et qui donnent accès à la technologie moderne. La bonne gouvernance n’est pas une option en plus. C’est le droit de chaque peuple, où qu’il se trouve, et c’est une précondition de la croissance économique et de la réduction de la pauvreté - comme le démontre assez clairement la tragédie qui se déroule au Zimbabwe.

La troisième chose qui est cruciale au NEPAD et ses partenaires du G8 entre autres, ce sont des termes d’échange plus équilibrés. 70 % - et plus- des exportations africaines sont des matières premières et la plupart des prix de ces produits chutent considérablement. Les lois actuelles du commerce créent de sérieux obstacles à la transformation et à la valeur ajoutée dont l’Afrique a besoin pour accélérer la croissance économique, générer des revenus plus élevés pour les travailleurs et être en mesure d’exporter suffisamment pour pouvoir investir dans de meilleurs systèmes de transport et des infrastructures nécessaires pour le développement.

Lors de la conférence de l’OMC à Doha à Qatar en Novembre 2001, les pays en développement on travaillé ensemble , saisi les opportunités créées par les structures basées sur l’adhésion de l’OMC pour obtenir des accords sur un agenda pour le prochain round de négociation qui pourrait donner de meilleures opportunités d’échanges aux pays en développement. Pendant trop longtemps, les puissances occidentales ont donné des leçons de libéralisation du commerce au monde en développement, mais en même temps ont créée des barrières à l’accès à leurs marchés. Doha a mis en place un agenda d’action pour le changement. Le NEPAD et le G8 doivent s’assurer que cela concernera aussi l’Afrique.

Cependant l’Afrique peut faire plus pour encourager les échanges à l’intérieur du continent. Le barrières de commerce entre les pays africains sont élevées. Cela crée des obstacles à l’intégration régionale, à la croissance économique et à l’investissement domestique. Il revient entièrement à l’Afrique de s’accorder sur la baisse de ces barrières, ce qui pourrait contribuer significativement à augmenter la croissance économique à travers le continent.

Cela pourrait être complété par un accord d’investissement sur l’ensemble continent, ce qui améliorerait les perspectives d’investissement domestique pour tous les pays africains.

Cela m’amène à aborder la quatrième question à laquelle le NEPAD accorde une place de choix : l’investissement domestique et le besoin accru d’investir en faveur des infrastructures. Il n y a pas de doute que des systèmes de transport peu fournis en Afrique sont une barrière majeure au développement économique, et alourdissent considérablement les coûts des exportations. Les faiblesses en matière d’infrastructure sont le reflet du sous-développement et un obstacle à la croissance économique. La plupart des africains n’ont jamais utilisé un téléphone, moins de 10 % des ruraux africains ont accès à l’électricité, le manque d’eau potable et de système sanitaire coûte de l’énergie et du temps, et conduit à une mauvaise santé. Il y a plus de connections à Internet à New York que sur toute l’Afrique, et l’Afrique est l’endroit au monde où les coûts de connections au réseau Internet sont les plus élevés.

Trop souvent, le débat sur le besoin en investissement interne a lieu entre les gouvernements. Les gouvernements des pays de l’OCDE n’ont pas le pouvoir d’amener leur secteur privé à investir dans un pays particulier. Et très souvent les gouvernements des pays en développement sont amenés à croire que des exonérations fiscales ou la création de zones d’investissement avec peu de normes environnementales ou de travail sont un moyen d’encourager l’investissement interne. En fait, les conditions qui font que l’épargne domestique est investie sur place - comme la régulation de ses propres banques et l’exécution légale des contrats - et les conditions qui encouragent la croissance - comme la stabilité économique, des taux d’intérêts bas, l’accès au crédit, la suppression de la régulation bureaucratique - sont les mêmes conditions qui attirent l’investissement interne. Le point important ici est que les réformes nécessaires pour encourager la croissance d’un secteur privé africain solide sont les mêmes que les réformes dont on a besoin pour attirer l’investissement interne. Et une réforme urgente est essentielle parce que dans les conditions actuelles, 40 % de l’épargne qui auraient due être la base pour accroître l’investissement domestique quittent le continent et sont investis ailleurs.

Il y a dans ce contexte de globalisation un surplus de capital qui ne cherche que des opportunités d’investissement. Et ce capital sait qu’il peut gagner en retour des taux plus élevés dans les marchés émergents que dans les pays de l’OCDE. Un tel investissement, particulièrement l’investissement direct étranger, les techniques de management et le transfert de technologie qui va avec, ont été cruciaux à la croissance économique rapide et à la réduction de la pauvreté atteints par les économies des pays de l’Asie de l’Est lors des 30 dernières années. Mais en ce moment seule une petite partie de cet investissement international croissant se retrouve en Afrique. Des progrès dans les conflits, l’amélioration de la gouvernance et l’exécution des codes et normes retenus lors de la réunion du NEPAD à Abuja sont cruciaux pour créer un climat en Afrique qui canalise les investissements et le transfert de technologie qu’il apporte. Le NEPAD doit conduire cette réforme vers l’avant de sorte que des partenariats puissent être crées entre le secteur public et le secteur privé afin de générer un accroissement massif de l’investissement dans les infrastructures nécessaires.

Le cinquième aspect crucial au succès du NEPAD est l’augmentation de l’investissement dans le développement humain. Pour sécuriser le progrès rapide dans l’éducation et les systèmes sanitaires efficaces. Le niveau élevé de maladies endémiques en Afrique est une lourde charge qui fait reculer le développement du continent. Le paludisme, la tuberculose et le Sida sont une charge qui cause une souffrance humaine énorme et une perte économique sévère. Comme je l’ai déjà dit, plus de 25 Millions d’Africains sont infectés par le virus du Sida qui va conduire à d’importantes pertes humaines et économiques dans les années à venir. De plus, beaucoup d’enfants meurent de maladies diarrhéiques et respiratoires, de paludisme et de rougeole, et beaucoup de femmes meurent ou deviennent invalides à la suite d’un accouchement, faute d’interventions médicales simples.

Les recherches récentes - notamment celles menées par la commission sur la macro-économie et la santé de l’OMS - ont démontré clairement que l’absence d’un état sanitaire satisfaisant est non seulement une cause terrible de souffrance humaine, mais aussi un obstacle au développement économique. Les pauvres du monde ne constituent pas un groupe statique. Ils travaillent très dur et souvent parviennent à améliorer leur avenir. Cependant, la maladie soudaine du soutien de famille ou d’un enfant qui a besoin de soins médicaux, les oblige à emprunter, à recourir à leurs économies ou à vendre leurs animaux, ce qui les ramène à la pauvreté.

Le Sida est un sérieux obstacle au développement économique en Afrique, mais les récents développements montrent des avancements. Le Sénégal et l’Ouganda ont démontré que les niveaux d’infection au VIH/Sida peuvent être maintenus bas ou réduits de manière drastique grâce à un solide engagement à l’éducation publique, au contrôle et au traitement de maladies sexuellement transmissibles et à la large diffusion de préservatifs. En seulement 4 ans, le taux de prévalence du VIH/Sida en Ouganda est passé de 10 à 6 %. Ces leçons doivent être urgemment appliquées dans chaque pays africain, et de manière plus large, afin d’inverser le taux croissant d’infection en Inde, en Chine, en Russie et dans les Caraïbes. Plusieurs pays sont entrain de mettre en place des méthodes, afin de prévenir la transmission de la mère à l’enfant, et de profiter des offres des compagnies pharmaceutiques de réduire les prix des anti-rétro-viraux. A long terme, il est évident que nous aurons un vaccin contre le Sida et un microbicide qui permettra aux femmes de se protéger contre l’infection.

A part le Sida, l’Alliance Globale pour les Vaccins et l’Immunisation accroîtra la disponibilité en vaccins et améliorera le niveau d’immunisation des enfants. Le Fonds Global de Santé augmentera la disponibilité en médicaments et produits pour le traitement et la prévention du Sida, de la tuberculose et du paludisme. Pour s’assurer que ces traitements sont disponibles pour les pauvres en Afrique, un effort majeur est nécessaire pour mettre en place des systèmes de soins de santé primaire qui vont assurer que ces traitements soient à la disposition de tout le monde. Bien sûr nous devons nous assurer que les prix des médicaments baissent dans les pays en développement et nous avons besoin d’un accord entre le secteur privé et le secteur public pour atteindre cet objectif. Nous sommes entrain de travailler pour y parvenir, mais sans de meilleurs systèmes sanitaires de base, plusieurs personnes en Afrique ne seront pas à mesure d’accéder à ces médicaments, quelque soit leur prix. L’amélioration des systèmes de santé doit venir des gouvernements africains et doit être encouragée par le NEPAD. Il y a aussi des modèles prometteurs de succès dans des pays comme le Ghana et la Zambie, qui doivent être appliqués à plus grande échelle.

De la même façon, l’éducation est un droit fondamental de l’Homme, mais aussi un investissement majeur pour une économie moderne réussie. Il est clair que l’investissement le plus important qu’un pays peut faire pour accélérer le développement est d’éduquer une génération d’enfants - ses filles y inclus. Les objectifs de développement du Millénaire comprennent un engagement à l’éducation primaire universelle en 2015. Evidemment, nos aspirations ne doivent pas s’arrêter à l’éducation primaire. L’éducation est l’aspect dominant d’une économie moderne. A considérer les tendances actuelles, l’Afrique n’atteindra pas les objectifs de l’éducation primaire en 2015. Clairement, nous devons - et pouvons faire mieux, et des pays comme l’Ouganda, le Rwanda, le Malawi et la Tanzanie ont obtenu des résultats significatifs. Le NEPAD doit travailler dans le sens d’un plus grand progrès sur le continent.

L’aspect final sur lequel je souhaiterais intervenir aujourd’hui est l’aide. Aussi bien le NEPAD que le Consensus de Monterrey ont appelé à plus d’aide et à une meilleure assistance aux pays en développement. Et des études conduites par l’ancien Président Zedillo du Mexique pour le compte de la rencontre de Monterrey et la Banque Mondiale ont suggéré que nous avons besoin d’un doublement de l’aide au développement qui doit passer de 50 Milliards de $ comme c’est le cas actuellement, à 100 Milliards de $, pour que le monde puisse atteindre les objectifs de développement du Millénaire. A Monterrey, l’Union Européenne s’est engagée à augmenter son aide au développement qui est actuellement de 0,33 % du PNB à 0,39 % en 2006. Cela veut dire que l’UE dépensera 7 Milliards de $ additionnels par an jusqu’en 2006, alors que les USA donneront un plus de 5 Milliards par an, comparativement au niveau actuel. Monterrey a donc marqué un renversement souhaité d’une longue tendance à la baisse de l’aide au développement. Le Royaume Uni a réussi à renverser la tendance à la baisse de l’aide au développement observée sous le précédent gouvernement et a accru ses dépenses de 40 % depuis 1997. Cela signifie que nos dépenses en Afrique ont atteint 70 % pour 1,2 Milliard de $ par an.

Ce qui est également important, c’est l’engagement à améliorer la qualité de l’aide. Dans le passé, cela a souvent été utilisé pour des raisons politiques, soit pour promouvoir les intérêts commerciaux des pays donateurs, soit pour propulser des souverains corrompus qui ne se soucient guère du développement. Nous avons accompli cependant plusieurs progrès au cours des dernières années.

Contre une résistance considérable, l’aide est de moins en moins subordonnée à l’intérêt des donateurs et des consultants. Elle commence maintenant à être focalisée dans les zones où il y a le plus grand nombre de pauvres et à être utilisée pour soutenir les réformateurs. Cela a déjà grandement augmenté son efficacité à réduire la pauvreté. Si toute l’aide était utilisée de cette manière, la valeur des 50 Milliards de $ augmenterait de 50 %.

En outre, les pays en progrès ont renoncé à financer la prolifération des projets pour soutenir des Stratégies de réduction de la pauvreté mises en place par les pays développés eux-mêmes. Sans surprise, l’expérience a montré que les agendas de réforme mises en œuvre localement réussissent beaucoup plus que ceux imposés par Washington. La conséquence a été le renforcement considérable de la qualité et de l’effectivité des institutions locales, y inclus les ministères des finances, les banques centrales, les systèmes d’éducation et de santé, le trésor public, le tribunal et le secteur de la sécurité. Ceci est en soi une augmentation de la qualité de la gouvernance. Et l’amélioration conséquente de la gestion des finances publiques permet le développement d’agences de transfert de ressources directes au budget des gouvernements, aidant ainsi à financer de rapides améliorations en matière de santé, d’éducation et d’autres services liés à la réduction de la pauvreté. Le NEPAD doit s’appuyer sur ces réformes plutôt que d’essayer d’inventer de nouvelles structures ou de prendre d’autres dispositions.

Ma conclusion est alors très claire. Selon les tendances actuelles, l’Afrique ne réduira pas la pauvreté en 2015. Même pire, l’Afrique sera encore plus pauvre, et ce sera une tragédie pour son peuple et une menace pour la sécurité future et la stabilité du monde. Ce destin n’est pas inévitable. Il est possible de renverser cette tendance et d’atteindre les objectifs de développement fixés pour 2015, mais cela requiert des efforts massifs. Le sida rendra la tâche plus difficile. Les aspects clés sont la résolution des conflits, la réforme économique et le développement humain. C’est la tâche du NEPAD.

Si le NEPAD doit réussir, il doit transformer la relation entre l’Afrique et le reste du monde. Il ne doit pas créer de nouvelles rencontres et de nouveaux processus bureaucratiques. Il doit apporter une nouvelle pulsion, une nouvelle énergie politique et une convergence de nos efforts pour pousser le développement de l’Afrique en avant. Le plus important de tout cela, c’est que les peuples de l’Afrique doivent être armés pour exiger plus de leurs gouvernements et de la communauté internationale - les deux ne les ont laissés tomber que trop longtemps.

 

1) Mme Short est le secrétaire d’Etat du Royaume Uni pour le développement international. Elle a tenu ce discours lors d’une récente visite en Afrique du Sud, et où à l’initiative du SARPN (Réseau régional de l’Afrique australe de lutte contre la pauvreté) elle était invitée à s’exprimer sur le NEPAD. Nous remercions au passage le SARPN de nous avoir autorisé à le traduire : Le texte original, en anglais peut être téléchargé à l’adresse suivante : www.sarpn.org/Activities/Forth/clareShort/

 
     

 

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