Colloque international de Dakar sur le thème "Francophonie et développement durable. Quels enjeux, quelles priorités pour l’horizon 2012?"

Synthèse préparé par Claude VILLENEUVE (UQAC) et Sibi BONFILS (IEPF)

SYNTHÈSE

Du 11 au 13 mars 2002 s’est tenu, à Dakar, sous le haut parrainage du Président de la République du Sénégal et sous la présidence effective du Ministre de la Jeunesse, de l’Environnement et de l’Hygiène publique, un colloque international sur le thème "Francophonie et développement durable. Quels enjeux, quelles priorités pour l’horizon 2012?". Ce colloque, organisé par l’Institut de l’énergie et de l’environnement de la Francophonie (IEPF), Organe subsidiaire de l’Agence Intergouvernementale de la Francophonie, en collaboration avec le Ministère de la Jeunesse, de l’Environnement et de l’Hygiène publique du Sénégal et l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), se situait dans le cadre du processus préparatoire du Sommet de Johannesburg sur le développement durable.

Trente-quatre États et gouvernements membres de la Francophonie étaient représentés par plus de 160 acteurs du développement durable, dont:

Au cours du colloque de Dakar, les participants ont pu apprendre, débattre et s’informer mutuellement dans neuf ateliers thématiques, desquels ont émergé idées, pistes de solutions et recommandations.

Le présent rapport constitue non pas une liste de celles-ci, mais un point de départ pour structurer un dialogue multilatéral sur le développement durable. Ce dialogue se poursuivra bien au-delà de la rencontre de Johannesburg dans le processus de mise en œuvre de l’agenda de la prochaine décennie.

LE DÉROULEMENT

Les travaux du colloque se sont déroulés en trois phases:

Le secrétariat des ateliers était assuré par des personnes issues de la filière des études supérieures en écoconseil. Il s’agissait respectivement de:

Olivier Machiels (Communauté française de Belgique, Région wallonne), Atelier 1: Énergie et développement: quelles options, quels choix?

Papa Gora Ndiaye (Sénégal), Atelier 2: L’incontournable question de l’eau,

Zita-Laure Tchaha (Cameroun), Atelier 3 : Éducation et sensibilisation: clé de voûte de la volonté d’agir

François Richard (Canada-Québec), Atelier 4 : Biodiversité, socio-diversité : dialogue des cultures pour un développement durable

Somaïla Diarra (Mali), Atelier 5: Les transferts de technologie: renouveler la coopération?

N’Fally Badiane (Sénégal), Atelier 6: L’adaptation aux changements de l’environnement planétaire: les défis et les moyens?

Cécile Canale (France), Atelier 7 : Repenser les modes de consommation pour le mieux-être des générations futures

Hortense Bado (Burkina-Faso), Atelier 8 : L’éradication de la pauvreté : mission possible ?

Éric Hazard (ENDA-TM), Atelier 9: Gouvernance mondiale: quel rôle pour la Francophonie?

Qu’ils soient tous chaleureusement remerciés.

LES IDÉES FORCES

Plusieurs idées forces ont émergé de ces trois jours d’intenses échanges entre représentants des gouvernements et de la société civile :

LES RECOMMANDATIONS

Les participants au colloque, faisant leurs l’ensemble des idées maîtresses qui ont émergé des échanges, expriment d’une même voix les recommandations suivantes et s’engagent à travailler de concert pour favoriser leur mise en œuvre: I – Énergie et développement: quelles options, quels choix? L’énergie, son accessibilité et sa maîtrise sont indissociables de la satisfaction des besoins humains.

Considérant que l’énergie ne devrait en aucun cas être considérée comme une fin en soi et devant la variété des conditions locales et des filières énergétiques potentiellement exploitables, les éléments suivants méritent d’être pris en compte:

1. Ajouter la dimension culturelle aux trois dimensions (économique, sociale, environnementale) habituellement associées au développement durable, en insistant sur le respect de la diversité culturelle comme garant et outil de déclinaison majeur de l’objectif du développement durable;

2. Considérant les impacts de la production et de la consommation d’énergie sur le patrimoine écologique global, réaffirmer la volonté d’accompagner les efforts indispensables de réduction de la consommation d’énergie des pays développés et l’adoption, dans les pays du Sud, des technologies propres au service de leur développement. La ratification du Protocole de Kyoto est un premier pas que nous nous devons de faire dans cette voie;

3. Pour définir les priorités et les moyens des politiques énergétiques, inverser la logique dominante qui donne la priorité à la production et à la distribution d’énergie, en négligeant largement l’analyse des déterminants de la demande énergétique, et s’appuyer sur une analyse précise des besoins diversifiés du développement, aussi bien au Sud qu’au Nord, pour remonter, à travers les infrastructures, les appareils et les services, aux moyens de production d’énergie, avec une attention particulière à la maîtrise de la demande d’énergie;

4. Renforcer le rôle des pouvoirs publics en faveur du développement des énergies renouvelables, avec une mission et une planification à long terme. En matière d’énergies renouvelables, il est nécessaire d’intensifier la recherche et le développement technologique massif, notamment dans les pays développés, pour diversifier les solutions proposées et les rendre économiquement plus accessibles et mieux adaptées aux besoins du développement;

5. Accorder l’importance qu’il mérite au choix des infrastructures lourdes du développement (aménagement du territoire, logement, filières de production, réseaux de transport, etc.) pour créer les conditions futures d’un développement économe en énergie et plus respectueux de l’environnement;

6. Infléchir les politiques d’aide au développement vers un appui aux politiques publiques indispensables au choix et à la réalisation des infrastructures décrites dans la recommandation précédente;

7. Renforcer la participation des citoyens et des communautés locales à la définition des besoins énergétiques de leur développement et des solutions à mettre en œuvre;

8. Rendre transparente et démocratique une analyse homogène des conditions de compatibilité des différentes solutions énergétiques actuelles ou futures (fossiles, nucléaires, renouvelables, maîtrise de l’énergie, etc.) vis-à-vis du développement durable, en prenant soin de ne pas limiter cette analyse à la protection des ressources naturelles et de l’environnement, mais aussi d’inclure le développement et l’acceptabilité sociale et culturelle de ces diverses filières.

II – L’incontournable question de l’eau L’accès à une eau de qualité adéquate, en quantité suffisante, est un problème commun à l’ensemble de l’humanité et constitue, dans beaucoup de pays, un frein au développement. Les participants ont donc convenu d’appeler à:

1. Promouvoir l’idée d’une législation internationale dans la perspective d’une gouvernance mondiale de l’eau qui prenne en compte le niveau local et notamment les expériences traditionnelles de gestion de l’accès à la ressource;

2. Privilégier dans ce contexte une gestion fondée sur la demande, participative et intégrée par bassin, qui permette de limiter les conflits d’usage, les pollutions diffuses et la superposition des usages, et qui donne aux communautés locales les outils et les moyens pour une gestion durable de la ressource;

3. Reconnaître l’unicité de la ressource en eau; promouvoir un accès équitable de tous à une eau saine et faire en sorte que la privatisation de la gestion de la ressource, lorsqu’elle est jugée souhaitable par les populations, soit accompagnée de systèmes et de mécanismes de régulation;

4. Favoriser le développement de compétences adaptées aux situations locales par le transfert de technologies adéquates, notamment pour le traitement des eaux usées;

5. Valoriser les bonnes pratiques et les expériences couronnées de succès en les rendant largement disponibles à l’usage des gestionnaires locaux de la ressource en eau;

6. Privilégier la recherche et la mobilisation de financement à l’échelle locale afin de favoriser l’autonomisation et la responsabilisation.

III –Éducation et sensibilisation, clé de voûte de la volonté d’agir Le développement d’une éthique personnelle de l’environnement est un préalable à des prises de décisions éclairées et à un débat démocratique sur les enjeux du développement durable. Les participants de cet atelier recommandent donc de:

1. Intégrer l’éducation à l’environnement et au développement durable dans toutes les strates de la population, et notamment dans les programmes scolaires, ainsi que dans les communautés locales urbaines et rurales, les entreprises, les gouvernements, les médias, les organisations humanitaires etc. ;

2. Développer à cette fin des partenariats effectifs, notamment entre la société civile et l’État, et entre les différents acteurs de la vie socio-économique et faire de ces différentes entités des acteurs responsables et participatifs ;

3. Développer, pour la Francophonie, des alliances culturelles et linguistiques en créant des passerelles avec les autres communautés dans le sens d’une diffusion concertée des valeurs essentielles que véhiculent les différentes cultures humaines, afin de mieux mobiliser les moyens adéquats pour financer les initiatives locales ;

4. Favoriser une éducation à l’environnement intégrant le territoire et le développement humain pour permettre aux populations locales et à la société civile de se responsabiliser par rapport aux ressources naturelles et aux modes de production et de consommation durables ;

5. Favoriser le développement d’outils d’éducation à l’environnement et au développement durable accessibles par des réseaux de coopération sur Internet.

IV – Biodiversité, socio-diversité: dialogue des cultures pour un développement durable Richesse insoupçonnée pour l’avenir de l’humanité il y a encore peu de temps, la biodiversité est devenue l’objet d’un consensus international et d’une Convention cadre des Nations Unies à l’issue du Sommet de Rio. La diversité des cultures apparaît aujourd’hui comme un élément essentiel du patrimoine de l’humanité qui est aussi un gage de la conservation de la biodiversité puisqu’elle reflète l’adaptation de nombreuses populations aux écosystèmes dans lesquels elles se sont intégrées pendant des millénaires. En conséquence les participants de cet atelier recommandent de:

1. Promouvoir l’idée que le développement durable doit tenir compte des racines, du vécu et des aspirations culturelles des populations. Cette approche culturelle offre a priori une meilleure efficience du processus essentiel, partant de l’information, passant par la sensibilisation et la formation, et menant à la concertation. La prise en compte de la culture dans ces phases permet aussi de multiplier les modèles de développement durable et les solutions concrètes pour y aboutir;

2. Proposer à la communauté internationale de s’inspirer de la Déclaration et du plan d’action de Cotonou (15 juin 2001). Ce plan d’action mériterait d’être affiné, en prenant notamment en compte les langues et dialectes locaux. En termes de démarche, les États devraient inciter de façon prioritaire leurs communautés à réfléchir et à construire leur développement en intégrant leurs valeurs culturelles;

3. Développer une science émergente, l’ethno-écologie, au même titre que le développement des biotechnologies et des technologies de l’information, et soutenir l’interdisciplinarité entre environnementalistes, ethnologues, sociologues et économistes ;

4. Proposer à la communauté internationale de faire de la diversité culturelle un pilier en soi du développement durable ou, en tout cas, la principale condition du maintien et de la reconstitution de la biodiversité. Le lien étroit existant entre la biodiversité et la diversité socioculturelle résultant d’un état d’équilibre multiséculaire entre l’homme et la nature est une raison suffisante;

5. Défendre, a minima, l’idée que le concept de biodiversité inclut de manière explicite les préoccupations culturelles, telles que les variétés et les paysages que l’homme a créés en interaction continue avec l’environnement;

6. Développer le potentiel de retombées socio-économiques reliées à l’utilisation de la biodiversité, potentiel souvent sous-estimé et qu’il est essentiel de développer pour le maintien de la biodiversité.

V – Les transferts de technologie: renouveler la coopération? Dans un monde où les progrès scientifiques et techniques permettent de développer des moyens plus efficaces de satisfaire les besoins humains en réduisant les impacts sur l’environnement, il est difficilement tolérable que l’accès à un développement plus propre et respectueux du développement durable soit limité pour les populations qui en ont le plus besoin. Par ailleurs, les scientifiques et techniciens de tous les pays pourraient apprendre des expériences et des technologies développées par l’usage traditionnel de populations qui ont réussi à vivre en harmonie avec leur environnement pendant des millénaires. Prenant en compte le fait que certaines façons de faire et normes peuvent constituer un frein au commerce international et au développement des communautés et que le transfert de technologies nécessite aussi le transfert des savoir-faire nécessaires à leur implantation, à leur adaptation aux conditions locales et à leur entretien pour en favoriser la durabilité et la rentabilité, les participants recommandent de:

1. Appuyer sur le long terme le renforcement des équipes spécialisées (écoles d’ingénieurs, agences, etc.) dans les pays en développement et dans les divers secteurs liés au développement durable.

Soutenir la coopération de ces équipes avec les entreprises privées ainsi qu’avec les points de convergence et les ministères chargés de l’élaboration des politiques et mesures ;

2. Favoriser les échanges d’expériences entre des partenaires ayant des préoccupations communes pour qu’émergent des solutions diversifiées et adaptées aux conditions locales, des solutions qui fondent véritablement le développement durable.

Dans cette recherche de solutions, il est essentiel que les pays francophones renforcent les échanges par le développement et la consolidation de réseaux Nord-Sud et Sud-Sud. Le soutien à la coopération décentralisée entre les collectivités locales et leurs partenaires techniques peut, à cet égard, être particulièrement utile et permettre de créer de nouveaux partenariats pour développer ou introduire, au niveau local, les technologies et savoir-faire utiles au développement durable;

3. Favoriser le développement prioritaire des technologies de l’information et de la communication afin de réduire la fracture numérique entre les pays et les régions et d’élargir l’accès à l’information et aux connaissances pour le développement durable;

4. Favoriser la complémentarité de différents outils financiers dans la mise en œuvre opérationnelle des transferts de technologies ;

5. Mettre l’accent sur la qualité dans les transferts de technologies en instituant en particulier des normes à cette fin ;

6. Associer les pays du Sud à l’élaboration de normes internationales de qualité ;

7. Tirer avantage du mécanisme de développement propre dans le domaine des technologies énergétiques et des infrastructures pour favoriser le transfert de technologies permettant la réduction ou l’évitement des émissions de gaz à effet de serre.

VI – L’adaptation aux changements de l’environnement planétaire: les défis et les moyens Les conditions de vie sur la planète changent à un rythme accéléré du fait des activités liées à la satisfaction des besoins d’une population humaine de plus en plus nombreuse. Ces changements qui sont perceptibles tant à travers la désertification et les changements climatiques qu’à travers l’érosion de la biodiversité, risquent d’occasionner des conséquences désastreuses à moyen et long terme si des mesures ne sont pas mises en œuvre immédiatement pour agir à la fois sur la cause des problèmes et sur la protection des populations les plus vulnérables.

Au terme de leur discussion, les participants recommandent de :

1. Développer l’expertise pour le diagnostic et la mise en œuvre des mesures d’adaptation. Les changements globaux en cours doivent être considérés tant sur le plan de l’expertise et du diagnostic que des mesures d’adaptation.

L’expertise doit être développée aux niveaux régional, national et local afin de permettre son intégration dans les processus de décision. Elle concerne notamment:

– l’observation des changements en cours, en mobilisant la capacité de mesure et d’expertise locale et les techniques géospatiales,

– l’application des modèles de simulation aux espaces régionaux des pays du Sud en développement,

– la recherche des solutions de parade.

Les mesures d’adaptation doivent être déployées de façon prioritaire dans les zones les plus vulnérables, et notamment les zones arides, semi-arides, insulaires, etc., c’est-à-dire, en général, dans des pays du Sud en développement. Le financement de ces mesures d’adaptation est un élément essentiel de la problématique, les efforts visant à réduire les émissions des pays qui en sont responsables au premier chef devant par ailleurs être maintenus;

2. Promouvoir une vision intégrée et l’information pour la décision. Le défaut de coordination persistant entre les grandes conventions induit des contraintes dans la mise en œuvre des politiques sur le terrain ; il empêche les synergies entre les actions menées et les programmes d’appui. Les obligations, en matière de collecte d’information et d’élaboration de rapports, sont des charges difficilement supportables pour certains pays.

Une mise en cohérence de ces demandes, de même que la prise en compte des principes économiques et juridiques d’accès à l’information sont nécessaires pour contribuer à doter les pays de systèmes d’information de base (cartes, images) susceptibles d’aider à la prise de décisions à tous les niveaux. Cette problématique de l’information doit aller jusqu’à la sensibilisation et à l’éducation, en utilisant tous les moyens, comme la radio rurale qui, diffusée dans les langues locales, couvre un territoire plus large que les autres médias, ce qui assurera un meilleur respect de la diversité culturelle.

VII – Repenser les modes de consommation pour le mieux-être des générations futures Les modes de consommation et de production non durables constituent les domaines où il y a le plus à faire pour favoriser l’avènement d’un développement durable. L’empreinte écologique des habitants des pays développés rend d’ores et déjà impossible une égalité des chances pour tous, les systèmes de régulation de la planète ne pouvant vraisemblablement résister à une généralisation de ces modes de consommation à l’ensemble des habitants de la Terre.

Or, c’est l’exemple de ces comportements que la société marchande propose comme "moteur du développement économique mondial". Pour tenter d’infléchir cette tendance dans le respect des individus, de leur bien-être et de leurs aspirations, les participants à l’atelier recommandent de:

1. Revoir les systèmes d’éducation et de formation, en termes de contenus informatifs et conceptuels, et en développer l’accès. Les modes de consommation non durables et les modes de production qui leur correspondent ont en effet été soutenus, en grande partie, par le type d’éducation qui a prévalu au cours des années passées. Les besoins actuels en éducation pour modifier les modes de consommation et les modes de production associés sont le fait de la très grande majorité des acteurs économiques, des professionnels de l’information, des magistrats ainsi que des élus et des responsables gouvernementaux à tous les niveaux. Mais c’est davantage sur les besoins en éducation des communautés locales et traditionnelles, visant à renforcer leurs capacités productives ainsi que leurs habiletés décisionnelles, que l’essentiel des efforts devrait porter.

L’éducation requise est celle qui assure la sauvegarde et l’épanouissement, voire la diffusion des valeurs, des connaissances et de l’expérience traditionnelles;

2. Renforcer l’accès de ces communautés aux savoirs scientifiques et technologiques en développant des véhicules d’information des savoirs nouveaux du Nord, mais aussi du Sud, afin qu’ils puissent être mis en valeur au niveau local en s’intégrant à la culture en place sans porter atteinte à leur intégrité ;

3. Promouvoir la constitution d’un patrimoine informationnel dans l’espace public, patrimoine alimenté par l’ensemble des cultures ;

4. Rendre accessibles, en langue française, des savoirs techniques en même temps que les outils pédagogiques qui vont en permettre une véritable appropriation par les communautés locales;

5. Assurer la valorisation et la diffusion des savoirs émergents des communautés des pays d’Afrique, non seulement vers les pays du Nord mais aussi au niveau des réseaux Sud-Sud.

C’est donc en bonne partie par l’imbrication des savoirs nouveaux et des savoirs traditionnels porteurs de la diversité culturelle que pourront se mettre en place de nouveaux modes de consommation durables. Cette orientation redonnera aux populations paupérisées un niveau de vie dont elles sont dépourvues dans le cadre du développement économique et technologique actuel;

6. Mettre sur pied des mécanismes de financement donnant accès aux savoirs en créant, par exemple, un fonds mondial d’appui et de partage des techniques et des connaissances scientifiques, en partie dans le domaine public ou encore en développant des fonds d’appui aux innovations technologiques;

7. Favoriser le développement des infrastructures de communication permettant d’avoir accès aux savoirs et aux instruments de savoir élaborés au niveau mondial, et particulièrement au sein de l’espace francophone.

VIII – L’éradication de la pauvreté: mission possible ? La pauvreté n’est pas une notion absolue, mais lorsqu’un groupe humain ne peut plus assurer sa sécurité alimentaire et trouver les ressources nécessaires à son développement dans un milieu donné, il en résulte une exploitation des ressources du milieu jusqu’à leur ultime dégradation. Ce processus, spirale de l’appauvrissement, force des millions de personnes à la misère et contribue à l’accélération de la désertification et à des pertes irréversibles de biodiversité. Il importe donc de prendre les moyens pour faire de la lutte contre la pauvreté, et en particulier contre la pauvreté extrême, une priorité pour le développement durable, en conséquence de quoi les participants à l’atelier recommandent de:

1. Renforcer la démocratie et la bonne gouvernance en privilégiant la décentralisation, la responsabilisation des populations, le transfert des compétences et des ressources humaines, techniques et financières aux communautés de base et en améliorant l’équité et la solidarité sociales ;

2. Recomposer le tissu social et réhabiliter les valeurs culturelles, ce qui permet de trouver des solutions endogènes et de puiser dans la solidarité des communautés les ressources humaines et matérielles pour le développement;

3. Trouver une solution au problème de la dette, autre que l’ajustement structurel couplé à la réduction de la dette prôné par les institutions de Bretton Woods. Accroître plutôt les subventions et dons des partenaires en lieu et place des prêts, même concessionnels;

4. Utiliser pour l’Afrique, dans la lutte contre la pauvreté, toutes les facilités que pourra offrir le Nouveau Partenariat pour l’Afrique (NEPAD) dans la mise en œuvre de ses programmes de développement;

5. Renforcer le sentiment d’appartenance en développant, dans les populations concernées par la pauvreté, une citoyenneté pleine et conséquente, une citoyenneté qui favorise la participation aux prises de décisions, une citoyenneté qui ne marginalise pas, une citoyenneté transparente qui donne droit et accès à toutes les conditions d’une vie digne (éducation, santé, eau potable, assainissement, énergie, logement décent…).

IX – Gouvernance mondiale: quel rôle pour la Francophonie ? La Francophonie, en tant que composante de la communauté internationale, fondée sur la solidarité et la sauvegarde de la diversité culturelle, devrait :

1. Se donner les moyens de façonner l’ordre du jour et d’influencer la définition des problèmes et des solutions, tels qu’ils sont ensuite repris dans les débats et actions internationaux, par les initiatives suivantes :

Des partenariats francophones actifs (envisagés par les organisateurs du SMDD) pour valoriser la recherche, les expériences et le capital intellectuel existants, produire des analyses distinctes sur les enjeux internationaux, développer des concepts et idées nouvelles (ex.

modes de synergie entre les conventions, filières d’action communautaires, etc.) ;

Un réseau de centres de réflexion, d’analyse et de recherches appliquées sur le développement et la mise en œuvre des politiques d’environnement et de développement durable.

La Francophonie ne devrait pas laisser à quelques institutions d’Amérique et d’Europe du Nord le monopole de la production intellectuelle qui nourrit le discours international et encadre les décisions et actions, non seulement internationales mais aussi nationales et locales. Ce réseau devrait reposer sur la spécialisation, la complémentarité et l’échange. Il permettrait de :

• développer des bases de données distinctes ou d’examiner de façon critique celles existantes,

• produire des analyses sur des sujets négligés ou qui remettent en question les idées reçues,

• échanger de l’information et des études de cas (en association avec un dialogue méthodologique sur ces derniers),

• valoriser le capital intellectuel national existant,

• développer des réseaux thématiques centrés sur l’ordre du jour politique (et non sur une discipline, une profession ou un outil) ;

2. Prendre une part plus active, en tant que communauté, aux réflexions et prises de décisions reliées aux grandes problématiques existantes, notamment :

Le débat sur la gouvernance institutionnelle internationale, dont résultera un cadre institutionnel dans lequel notre communauté devra s’insérer et qui conditionnera les résultats de ses actions. La Francophonie pourrait, par exemple, ouvrir un chantier de travail sur :

• les moyens de tirer parti des changements en vue (telle la réforme du Forum global des ministres de l’Environnement),

• les avantages et inconvénients d’une approche décentralisée de la gouvernance internationale de l’environnement et du développement durable pour la promotion des préoccupations collectives de la Francophonie;

Les débats sur le commerce, l’environnement et le développement durable. Les chantiers porteurs pour notre communauté concerneraient :

• d’une part, les procédures de certification et les normes environnementales qui se mettent en place, notamment sur leurs procédures de développement, leur nature et leurs impacts sur le commerce Sud- Nord,

• d’autre part, un partenariat francophone d’appui au commerce de produits de consommation durables.

3. Instaurer une division du travail habilitante sur les grands dossiers de la diplomatie de l’environnement et du développement durable, en créant des chefs de file francophones, un ou deux pays (Nord, Sud) sur une question donnée (ex.: accès et partage des bénéfices; droits de propriété intellectuelle et diffusion de technologies, de techniques, de savoirs locaux; gestion communautaire des ressources; tel ou tel accord ou négociation en cours, etc.). Chaque pays deviendrait alors une source d’information et d’expertise pour le reste de la communauté et devrait, naturellement, s’investir diplomatiquement dans ce dossier, en participant aux réunions de bureaux par exemple.

On pourrait, entre autres, identifier certains chantiers ou thèmes et procéder à un appel de candidatures.

Une telle initiative permettrait de:

• renforcer l’impact de la Francophonie sur l’ordre du jour international et les négociations en cours,

• valoriser les experts nationaux,

• renforcer les capacités de négociations nationales dans les enceintes internationales.

Recommandations transversales

Par le biais des rapports de synthèse des ateliers et des débats en plénière, des recommandations transversales pourraient faire l’objet de discussions dans le cadre du processus préparatoire au Sommet de Johannesburg, et notamment à l’intérieur de l’espace francophone.

1. Diversité culturelle Le respect de la diversité culturelle semble être un élément qui a été évoqué dans tous les ateliers et dont l’importance a été soulignée avec force dans les recommandations. En conséquence, il serait important de promouvoir la dimension multiculturelle dans le concept du développement durable en valorisant les racines culturelles, l’histoire et les aspirations culturelles des populations de manière à ce que cette dimension devienne pour la communauté internationale le quatrième pilier du développement durable.

La Francophonie pourrait en ce sens chercher des alliances stratégiques avec d’autres communautés linguistiques pour faire valoir la socio-diversité à l’échelle mondiale.

2. Accès à l’information Le développement de la société de l’information met en évidence le fossé numérique entre " infopauvres " et "inforiches". Pour la Francophonie, fondée sur le partage d’une langue commune, la démocratisation de l’accès à l’information et à ses nouvelles technologies est en tête des priorités. Le développement des NTIC devrait être partout encouragé comme outil pour la diffusion large des connaissances, des savoirs et des savoir-faire pour le développement économique et social, pour la promotion des contenus et des expériences francophones dans les systèmes mondiaux d’information et pour le renforcement des systèmes nationaux d’information d’aide à la décision.

3. Partage d’expériences Plusieurs ateliers ont souligné l’importance des échanges, du partage d’expériences, de réussites et de bonnes pratiques permettant d’inspirer les gens en recherche de solutions. La Francophonie, espace de solidarité, constitue ainsi un cadre favorable à de tels échanges et à leur valorisation dans l’espace et dans la durée. Cette valorisation devrait évoluer d’une logique de projets ponctuels à celle de politiques et de programmes de plus vaste ambition et appuyés par des équipes spécialisées de recherche-développement en réseau.

4. Gestion de la demande La logique fondée sur la demande dans le domaine de la consommation, en particulier de l’eau et de l’énergie, et une gestion efficace de cette demande devraient être partout privilégiées, ce qui est de nature à renforcer la démarche de développement durable.

5. Démocratie La démocratie et le développement sont indissociables.

Il ne saurait y avoir de démocratie sans développement ni de développement sans démocratie.

Cette dernière, qui crée les conditions d’une mobilisation librement acceptée par les populations, encourage le plein exercice de la citoyenneté et demeure fondée sur une bonne gouvernance et un rôle régulateur des États, pour un accès égal à l’éducation, à l’information, à la formation, à la santé et à l’emploi, ainsi que pour une juste répartition et une gestion durable des ressources nationales.

6. Éducation et diffusion des connaissances Dans la plupart des ateliers, l’importance de l’éducation pour le développement durable a été soulignée.

Des efforts soutenus devront donc être menés tant au niveau de l’éducation de base pour vaincre la pauvreté, qu’au niveau de l’éducation générale et du transfert des connaissances tout au long de la vie pour une pleine participation des citoyens, une sensibilisation des consommateurs, une "habilitation" et une amélioration de l’expertise des acteurs techniques du développement.

Il convient, dans ce cadre, de sauvegarder les connaissances et savoir-faire locaux, dits traditionnels (notamment dans la gestion de la biodiversité) et d’encourager leur diffusion et leur valorisation.

7. Gouvernance Il a été appelé à une mobilisation accrue de la communauté scientifique francophone et au renforcement de la réflexion autour des grandes questions liées à la mise en œuvre du développement durable selon une approche de spécialisation et de complémentarité.

Une telle approche, permettant à un pays ou un groupe de pays de devenir chef de file, sur une question précise, au profit de toute la communauté, est de nature à favoriser une implication plus forte de la Francophonie dans les négociations internationales relatives au développement durable, avec une contribution réelle à l’élaboration des ordres du jour, des concepts, et de manière générale, à la réflexion mondiale sur le développement durable.

8. Financement Plusieurs ateliers ont souligné l’importance d’un financement adéquat en volume et durable pour répondre aux exigences à court et moyen terme du développement durable. La nécessité de la complémentarité des mécanismes de financement a été mise en évidence avec la mobilisation d’abord des ressources internes mais aussi de celles de l’APD, de l’investissement privé et de mécanismes novateurs (conversion de la dette, mécanisme pour un développement propre, partenariat public-privé) ainsi que par le commerce et l’accès aux marchés du Nord.

Il a été appelé au renforcement des capacités pour la formulation de projets et de programmes et pour la maîtrise des conditions de mobilisation des ressources financières.

9. Priorité Afrique La situation de crise économique, sociale et environnementale en Afrique, et particulièrement dans les PMA, et la lutte contre la pauvreté seront au centre des travaux du Sommet de Johannesburg. La Francophonie, dont la majorité des pays-membres viennent de l’Afrique, accorde la priorité de ses actes à ce continent.

À cet égard, l’initiative du NEPAD doit être appuyée et accompagnée en tant qu’initiative permettant d’asseoir les bases du développement durable en Afrique.

Un effort particulier devrait être consenti pour la mise en œuvre réelle de la Convention sur la lutte contre la désertification en lien et synergie avec les autres conventions, relatives à la biodiversité et aux changements climatiques.

Conclusion

La richesse des débats et des présentations du colloque de Dakar indiquent la vigueur de la réflexion dans l’espace francophone et la nécessité de continuer de l’alimenter, non seulement à l’occasion du processus préparatoire des conférences mondiales, mais de manière organisée et permanente à l’intérieur des institutions et des réseaux par des publications et des systèmes d’information.

Cette réflexion devrait également être renforcée avec le concours des acteurs locaux du développement et sur le terrain de la mise en œuvre.