Colloque Francophonie et développement durable : quels enjeux, quelles priorités pour l’horizon 2012?            
Eradication de la pauvreté : mission possible ?  
Youba SOKONA et Jacques BUGNICOURT ENDA-TM  
             

Quelques interrogations introductives

La pauvreté est le problème majeur de notre temps ainsi que les menaces environnementales qui pèsent sur notre planète et sur l’avenir de l’humanité. Cependant, le terme pauvreté, longtemps réduit à de vagues ambiguïtés, se lit maintenant partout. Non seulement le FMI et la Banque Mondiale l’inscrivent en tête de leur programme, mais de nombreux projets etinitiatives l’incluent, désormais, dans leurs intitulés.

Pour éviter les multiples entrées possibles dans le problème, et des débats sans fin, pouvons-nous nous en tenir à quelques aspects ?

  1. Beaucoup d’efforts actuels contre la pauvreté considèrent celle-ci de manière statistique, ou encore statique, comme photographie à un moment donné. Peut-on éviter de s’interroger, sommairement, sur les mécanisme qui fabriquent la pauvreté ?
  2. Les explications d’ensemble ne manquent pas, la plupart présentent de l’intérêt. Ici, on souhaiterait non pas mettre l’accent sur les causes essentielles et initiales – bien connues d’ailleurs, mais, dans un temps second de l’analyse, mettre en évidence – agissant à l’intérieur des pays – des raisons de l’aggravation et de l’élargissement de la pauvreté.

     

    A ce niveau de réflexion, et en refusant d’aller plus avant dans le détail, quels apparaissent les principaux domaines de lutte contre les mécanismes, toujours en place, qui font qu’empirent les situations vécues actuellement par des millions d’enfants, de femmes et d’hommes essentiellement dans le Sud ?

  3. Comment mener la réflexion face à la pauvreté ? Comment ceux qui la subissent l’expriment-ils ? Comment ceux qui décident la perçoivent-ils ? Quel est l’intérêt d’une analyse " fine " des éléments de la pauvreté et de mise en évidence, par exemple, de la précarité – en terme de sol urbain et de bidonville, en terme d’alimentation et de santé, en terme de " vécu " des règles et contraintes administratives, en possibilité, pour les plus démunis, de se faire entendre et de s’organiser ? Comment les droits humains se réalisent-ils dans les milieux les plus pauvres ?
  4. Ne devient-il pas difficile, dans l’analyse aussi bien que dans l’action, de distinguer ce qui s’inscrit sous la rubrique pauvreté, violence, entrave à la paix, de ce qui concerne la mise en œuvre des droits humains ? Chaque fois que ces différentes perspectives se conjuguent, dans un environnement " naturel ", économique, social, culturel…… donné, n’a-t-on pas de nouveaux éclairages et de nouvelles orientations politiques à dégager ?

  5. En prenant la question par le biais économique, n’est-on pas amené à une mise en cause drastique de la thèse : croissance plus augmentation, des revenus de quelques-uns égale recul de la pauvreté d’ensemble ? Comment parvient-on, alors, à la notion d’économie populaire – à la fois économique, sociale et culturelle ? Que vaut la thèse selon laquelle la croissance de l’économie populaire – qui est de l’ordre de 7% l’an dans les grandes métropoles africaines – constituerait l’une des composantes du développement, alors que de nombreux experts voient la seule issue dans la modernisations la plus rapide et l’immersion dans le marché mondial ?
  6. Quelles relations s’établissent-elles entre les différents aspects de la pauvreté et le " modèle occidental " ou, en tout cas, un mimétisme, décliné sous de multiples formes, par rapport à l’Europe ou aux Etats-Unis ?

  7. Il s’avèrent ainsi que des mécanismes externes se combinent avec ceux qu’on pourrait appeler " internes ". Il est vrai qu’entrent en jeu, à ce niveau, des facteurs d’origine complexe comme les prix des matières premières, la désertification, ou certains aspects démographiques. Comment l’absence de politique, ou les politiques actuellement menées sur place, aggravent-elles, ou limitent, l’extension de la pauvreté ? Comment les migrations vers les villes ou vers l’extérieur s’analysent-elles par rapport à la pauvreté ? Quel rôle jouent des mécanismes comme l’opposition belle ville / environnement infra-urbain – ou bien toute la série des disparités à l’intérieur des cités, ou entre celles-ci et la campagne ? A une autre échelle, comment la pauvreté fabrique-t-elle les bidonvilles, et sous quels aspects y est-elle vécue par eux, et, dans certains cas, dépassée ?
  8. Comment l’aide extérieure, de même qu’une meilleure prise en compte des ressources locales, peuvent-elles être appréciées en terme de lutte contre la pauvreté ? Comment les populations pauvres réagissent-elles par rapport à des environnements souvent défavorables, ou en destruction, à une évolution négative des liens de voisinage et de famille, à l’amertume croissante des jeunes et la violence qui s’accroît rapidement ? Quels sont les facteurs aggravant ces phénomènes et ceux, au contraire, limitant leur gravité ?
  9. Quelles sont les " réflexions scientifiques " et les idées courantes au Nord et au Sud, sur les voies de sorties possibles de la pauvreté pour le grand nombre ? Quel poids a dans les décisions du Nord par rapport au Sud, et au niveau des différents pays du Sud, la prise en compte du risque d’accroissement de la pauvreté ou, au contraire, des perspectives d’un développement citoyen et d’un affermissement de la paix ? Peut-on identifier, à différents niveaux, les décideurs de la pauvreté ? Comment se forment leurs décisions ? En quoi sont-elles influencées et influençables ?
  10. Existe-t-il des connexions ou des points critiques en terme de pauvreté du Sud (cours de certaines matières premières, conséquences de mouvements de capitaux ou de décisions des instances monétaires dominées par le Nord, aggravation des facteurs climatiques, impact croissant de divers fléaux : sida par exemple, exacerbation des particularismes – entraînant conflits armés ou terrorisme) ?
  11. Dans les mécanismes à combattre, et dans la situation actuelle de chaque zone ou groupe humain pauvres, où et comment attaquer le problème ? Comment, par exemple, la francophonie pourrait-elle contribuer à la réflexion, à la mise en œuvre d’expérience – limitées peut-être, mais significatives ? Comment introduire dans le débat un autre vocabulaire, d’autres perspectives, d’autres approches ? Par exemple, existent-ils des points de décision ou de formation des politiques à l’échelle des aides ou de celle de pays, de régions, de quantum où des efforts de tous se verraient démultipliés ?

Puisqu’il n’est pas question, devant l’ampleur des mécanismes et les perspectives pessimistes que nous proposent notamment les prochaines décennies, de " baisser les bras ", comment, en fonction de leurs convictions et de leurs moyens, les diverses composantes de l’espace francophone groupées d’une part, ou agissant seules, peuvent-elles consacrer une part utile de leurs actions à ce combat de l’immédiat et du long terme ?

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