3. Mesdames Djénéba KAMARA et Yvonne Issié GUEYE, Association " 20 000 femmes pour une banque "
" Expérience de création d’une Banque de femmes "
Malgré les indépendances et les politiques intensives de scolarisation, 6à7 femmes sur 10, voire 9 sur 10 en zones rurales sont illettrées. En outre , la crise économique qui sévit en Afrique depuis les années 80, les différents programmes d’ajustement structurel et les divers conflits ont aggravé la pauvreté des pays africains dont les principales victimes sont les femmes. la Côte d’Ivoire n’est pas en reste et la conséquente rareté des ressources ont rendu encore plus difficile l’accès des femmes à faibles revenus financiers au crédit en général, achevant ainsi de l’installer dans une pauvreté chronique.
Malgré cette situation, les femmes africaines et ivoiriennes en particulier, font preuve d’un grand dynamisme et d’ingéniosité pour s’activer dans des petits commerces en tout genre sur les marchés et dans les quartiers. Elles sont aussi organisées en coopératives constituées de grossistes , de demi grossistes et détaillants de produits de consommation et de biens (vivriers ,pagnes, bijoux, etc.). Pour lever le capital nécessaire à ses activités, l’accès étant difficile tant pour insuffisance de fonds ,inéligibilité administrative que pour méconnaissance des procédures , elles se sont constituer en en associations informelles(sans base juridique) , en cercle de tontines diverses( pagne, casseroles, espèces) ou coopératives de quartier ou village .
Se fondant sur l’importance et les potentialités du secteur informel ainsi constitué ,afin de sortir les maximum de femmes de leur pauvreté et leur permettre de participer pleinement au développement, les femmes de Côte d’Ivoire , profitant des changements majeurs intervenus dans l’environnement politique et socio-économique, ont décidé de s’organiser en une association pour créer la première banques des Femmes de Côte d’Ivoire. L’idée étant de formaliser, coordonner , capitaliser et optimiser les efforts d’épargnes réaliser dans les tontines et autres cercles de femmes et permettre ainsi l’accès du plus grand nombre au micro-crédit grâce à une structure créer par elles mêmes donc plus acquise à leur cause. .
I APPROCHE METHOLOGIQUE
1. Création de l’association
Un comité adhoc a préparé des projets de statuts et règlement intérieur de l’association.
Une réunion d’information a été organisée pour sensibiliser et informer de la mise en place de l’association . Les femmes ont été contactées par cooptation et par voie de presse ( radio et journaux ) .
Après quelques réunions avec des groupes de plus en plus élargis, des commissions ont été créés pour discuter et finaliser les projets de statuts.
Ensuite, une Assemblée générale constitutive de l’association a eu lieu.
Au cours de l’assemblée générale constitutive, une présidente de l’association a été élue avec pour mandat principal, la conduite de l’association et la mobilisation des femmes et de leur épargne pour la création d’une banque. La présidente est assistée d’un bureau de vingt membres avec des commissions permanentes pour étudier les questions émergentes. Les conditions de qualité de membre, la valeur nominale de l’action, le mode paiement, le type d’instrument financier et son capital ont été adoptés en plénière lors de l’assemblée générale constitutive.
2. Mobilisation de l’épargne
Lors des assemblées les moyens de mobilisation des épargnes ont été discutés et adoptés.
Les cibles retenues sont :
Les groupes de tontines dans les marchés et les quartiers Les coopératives de femmes dans les zones rurales Les associations socioprofessionnelles femmes Les coopératives de femmes dans les marchés urbains Les femmes professionnelles
3. Mobilisation et sensibilisation des femmes
Pour atteindre les femmes cibles, les moyens utilisés sont :
Les spots télévisés ,la presse écrite et radiodiffusée Les réunions hebdomadaires pour expliquer et recueillir les adhésion
Les réunions dans les quartiers avec organisations de sections pour chaque groupe de 50 femmes Les campagnes d’informations ,de sensibilisation et d’organisation en sections à l’intérieur du pays
II Lancement de la Banque
La banque a été lancée depuis le 25 Mai 2001 en présence des hautes autorités administratives et financières de l’état de côte d’Ivoire.
A ce jour, l’épargne est de 100millions de francs CFA et 2200 adhérentes.
Toutefois cette épargne ne remplit pas les conditionalités de constitution d’une banque au regard des textes de l’UMOEA en vigueur .
Le partenaire technique a suggéré de créer une structure intermédiaire( une mutuelle) dont le principe a été adopté en assemblée générale extraordinaire, par les membres de l’association .
La valeur nominative des parts a été revue à la baisse et les délais de souscription ont été repoussé au mois de Mai 2002 .
Le Crédit Populaire des Femmes de Cote d’Ivoire (structure financière intermédiaire) est en attente des agréments pour sa constitution. Les statuts ont été adoptés lors de la dernière assemblés générales du 12 Février 2002.
III Conclusion
Les femmes de Côte d’Ivoire pour lutter contre la pauvreté croissante, ont décidé de changer de paradigme en se prenant financièrement en charge par la création d’une banque de femmes.
Cette brave initiative ne va pas sans difficultés liés au contexte social et à la paupérisation .
C’est le lieu de lancer un appel aux capitaux extérieurs et aux institutions internationales pour toute assistance technique ou financière pour le succès de l’opération.