Le débat
sur la réforme de la gouvernance de l'environnement et
du développement durable:
La Francophonie
peut-elle développer une approche distincte?
Philippe Le Prestre
Observatoire de l’écopolitique
internationale
Université
du Québec à Montréal
Cette
présentation vise à faire état du progrès des discussions
dans le domaine de la réforme de la gouvernance institutionnelle de l’environnement,
d’identifier certaines questions très générales d’importance
pour la Francophonie et de cerner certaines directions d’action. La Francophonie
doit jouer un rôle actif dans les discussions internationales notamment
en :
- s’engageant résolument
dans la poursuite du dialogue international sur la gouvernance après
Jo’burg ;
- privilégiant un
mode de gouvernance décentralisé ;
- développant une
infrastructure "maillée" de recueil de données et
de recherche appliquée ;
- concentrant ses ressources
sur le développement de "Partenariats francophones" sur quelques
questions clés ;
- renforçant les
ministères nationaux de l’environnement ;
- accroissant la cohérence
dans le processus de décision nationale relatif à des questions
traitées simultanément dans plusieurs forums (ex. forêts ;
rôle des populations locales)
1. La question de la gouvernance
institutionnelle internationale de l’environnement
1.1. Pourquoi se pose-t-elle ?
- Difficultés récurrentes
du PNUE (rôle, financement, mandat)
- importance du commerce
et des relations entre AME et OMC
- sentiment que les progrès
ne sont pas assez rapides
- sentiment d’incohérence
entre les AME
- difficultés des
pays à suivre le rythme des réunions
- stimuler le passage à
la mise en œuvre
- en général :
diagnostic fondé
sur des impressions
- solutions en quête
de problèmes
1.2. Evolution de
la question depuis 2000
- trois mouvements principaux
- OME (UE, AfS, indiv.,
ONG)
- Conseil de tutelle
des biens publics mondiaux (PNUD, ONG)
- Renforcement du PNUE
(Positions nationales, ONG
- Lui donner les moyens
de sa mission ? (G77, CDN)
- Elargir sa mission
et ses responsabilités ? (PNUE)
- Le transformer en
proto-OME ? (UE)
- Suspicions du G77 =>
cadre de discussion :
- Un processus évolutif
non révolutionnaire
- préférences
de l’UE pour une OME abandonnée ; CT non abordé ;
renforcement des arrangements existants
- gouvernance du DD c
gouvernance de l’environnement
1.3. Où en
est le débat après Cartagena?
- document du Président
(UNEP/IGM/5/2) rejeté
- les réformes envisagées
sont de portée modeste et portent sur 5 thèmes :
- Rôle et structure
du FGME/GMEF (Décision UNEP/ SS.VII/1)
- Affirmation de son
rôle d’organe de coordination et de direction politique de haut
niveau au sein du système des NU mais dans le cadre du mandat
du PNUE : identification des problèmes en émergence;
suggestions de pistes de coordination, promotion de la coopération
internationale, promotion de la participation de la société
civile) => pas un organe suprême
- pour une participation
et non une composition (membership) universelle
- Pas de discussion
des rapports avec la CDD et le FGME ne doit pas empiéter sur l’autonomie
des AME
- Renforcement du PNUE
(rôle, mandat, financement) :
- rien sur son rôle
et son autorité au delà de la Déclaration de Nairobi1,
mais lui donner les moyens de sa mission actuelle (alors que le document
du Président était plus concret)
- financement: développement
d’"indicateurs" pour les contributions nationales + contributions
volontaires ; décidés par K. Töpfer mais pas liés
à l’échelle des contributions de l’ONU ; => les
États demeureront libres de contribuer comme il leur semble mais
ce système est sensé améliorer la prévisibilité
des contributions.
- Coordination et cohérence
entre les AME :
- Affirmation de l’autonomie
des AME
- Mise de côté
des "grappes" (clusters) d’AME : encourager les AME à
collaborer sur des questions communes (ex. rapports, évaluation
s scientifiques, calendrier, etc.)
- PNUE : on souhaite
qu’il facilite la coordination sans la contraindre
- Coordination au sein
du système des NU : rôle du GGE/EMG
- GGE/EMG : renforcer
son rôle de coordination au sein des NU, mais formulation vague
- Renforcement des capacités,
Transferts de technologie, coordinations nationales
- Relations particulières
PNUE-FEM rejetée
- Réaffirmation
de la priorité au renforcement des capacités institutionnelles
=> développer un plan stratégique intergouvernemental
pour le renforcement des capacités et le soutien technologique
- quelle relation entre
la gouvernance de l’environnement et du développement durable?
- Initiation d’un processus
de discussion parallèle
- Relations avec OMC,
BM non abordées
2. Les questions
importantes pour une réflexion francophone
Au niveau international
- Quels problèmes
particuliers les pays de la Francophonie éprouvent-ils?
- Suivre les négociations
en cours
- Influencer l’ordre
du jour
- Faire valoir leur expérience,
concepts, recherches, etc. ; dépasser les cadres d’analyse dominants
- Préparer les
réunions internationales sur la base d’une définition nationale
des intérêts nationaux
- Participer activement
aux réunions internationales
- Multiplier les synergies
entre les mises en œuvre des conventions
- Encourager le renforcement
mutuel du DD et de la protection de l’environnement
- Dans quelle mesure les
réformes projetées favoriseront-elles la participation des pays
francophones, en particulier en développement ?
- Pas de changements
sauf si la Francophonie joue un rôle actif au sein du FGME/GMEF
- Dans quelle mesure les
réformes projetées ou d’autres à définir
permettront-elles de faire face aux défis de coordination nationale ?
- Comment accroître
la capacité de la Francophonie de contribuer à l’ordre
du jour international et de participer activement au processus de négociation
?
- Comment accroître
la capacité de la Francophonie d’identifier et diffuser des solutions
novatrices, ou des analyses distinctes, sur les problèmes ou les solutions
envisagés par la communauté internationale ?
- Comment intégrer
les préoccupations de certains AME dans les activités d’autres
AME (ex. CDB => Protocole de Kyoto)
- Comment la Francophonie
peut-elle contribuer à la mise en place d’une structure internationale
facilitant la mise en œuvre des engagements internationaux ? Sur le plan
- De la surveillance
- De la conformité
- Comment la Francophonie
peut-elle encourager certains de ses membres à jouer un rôle
de chef de file dans certains forums ? (pour une division du travail
francophone)
Au niveau national
- Quelles priorités
doit-on adopter pour le renforcement des capacités
- dans le domaine de
la mise en œuvre des accords internationaux?
- Dans l’appropriation
des outils internationaux pour la réalisation d’objectifs nationaux
(ex. évaluation d’impacts ; centres d’échange) ?
- Comment faciliter l’intégration
des préoccupations d’environnement et de DD dans les secteurs de la
politique industrielle, du commerce et des transports ?
- Comment construire et
faciliter des partenariats entre les gouvernements, le secteur privé
et la société civile ? par ex., pour la réduction
des pollutions locales ou autres ? (ex. 2000 global compact) ;
- Comment concrétiser
la notion de "soutien mutuel" entre les régimes traitant
à la fois du commerce et de l’environnement, que l’on retrouve dans
plusieurs textes (Protocole de Cartagena, Traité international sur
les ressources phytogénétiques) ?
3. Un agenda pour
la Francophonie
Au niveau international :
- Instituer une Francophonie
capable de renforcer les conditions d’une bonne gouvernance internationale
du développement durable, c’est-à-dire capable:
- d’identifier les problèmes
émergents dans le domaine de l’environnement et du DD; (identification)
- de mobiliser les acteurs
nationaux et internationaux pertinents et de rassembler leurs perspectives
et expérience; (inclusion)
- de développer
des procédures permettant (i) de réconcilier les attentes
des accords internationaux régime et les demandes et besoins locaux,
(ii) d’harmoniser les politiques, normes et fonctions inhérentes
à plusieurs régimes; (intégration)
- de façonner
une définition consensuelle du problème et l’identification
d’un ensemble de moyens pour les atteindre; (consensus)
- de promouvoir des solutions
novatrices aux problèmes de coopération et d’identifier et
gérer les arbitrages inévitables entre les solutions existantes;
(ingéniosité)
- d’encourager la transparence
et le renforcement des capacités nationales de prendre part aux discussions
internationales (démocratie);
- de renforcer les capacités
d’adaptation des institutions internationales existantes (apprentissage)
- Donc : Privilégier
un modèle décentralisé centré sur le renforcement
des AME/ADD et la coordination de leurs activités. Ce modèle
est mieux adapté à la promotion des conditions d’efficacité
des régimes car loin d’être le produit d’une gouvernance
chaotique, les systèmes de gouvernance des conventions sont des réponses
adaptatives et novatrices à la complexité des défis du
développement durable et à l’évolution des relations
internationales. En particulier, ils présentent des caractéristiques
qui en font des instruments de gouvernance attrayants, telles que :
- Administrations de
mission
- Au centre de réseaux
d’information et d’action
- Souples
- Légitimes
- Instituer des procédures
de concertation des ministres francophones de l’environnement de haut
niveau ;
- Ex. pour jouer un rôle
actif au sein du FGME/GMEF
- Concentrer ses ressources
sur le développement de "Partenariats francophones" sur quelques
questions clés (comme le font certains pays)
- Préparer pour
Prep-comm 4 pour lancement officiel à Johannesburg (dans le cadre
des "Partenariats" issus du Sommet) une série de "Partenariats
francophones pour le Développement durable", c’est-à-dire
des "initiatives" concertées sélectionnées sur
la base des actions identifiées ci-dessus et/ou de celles identifiées
à la Prep-Comm 2 (dans le document sur les partenariats ou dans celui
du Président) ; Exemples :
- développement
et la diffusion de techniques de production propres;
- création d’un
réseau scientifique et technique;
- relier et développer
les capacités en matière d’utilisation des NTI;
- développement
et mise en réseau (à travers des projets concrets) de centres
d’excellence régionaux;
- promotion de l’utilisation
de sources d’énergie propres;
- Partenariat public/privé
pour le développement et la diffusion de techniques d’assainissement
des eaux et de traitement des déchets ;
- Améliorer
l’accès à des sources d’énergie diversifiées
pour l’Afrique d’ici à 2005;
- Éliminer le
"fossé digital" et la marginalisation de l’Afrique d’ici
à 2005, etc.
- Améliorer l’accès
à l’information et la transparence des discussions internationales
- Développer
une infrastructure "maillée" de recueil de données
et de recherche appliquée : la Francophonie doit se
doter d’institutions ("think tanks) capables de faire contrepoids aux
institutions anglo-saxonnes existantes qui dominent la définition
des problèmes et des solutions dans le domaine
- Ex. renforcer les initiatives
et institutions existantes (ONG, agences para-gouvernementales, universités)
sur une base de spécialisation (par domaine, par discipline (droit,
économie, politique, science) et de maillage ?
- Encourager la coordination
régionale (coopération diplomatique, mise en œuvre, recueil
et échanges d’informations, analyses, formation, etc.) (cf. Décision
UNEP/ SS.VII/1)
et la mise en œuvre du volet environnement du Nouveau Partenariat pour le
Développement de l’Afrique
Au niveau national :
- coordonner et simplifier
les obligations nationales vis à vis des multiples instruments
existants (ex. rapports)
- accroître la
cohérence dans le processus de décision relatif à
des questions traitées simultanément dans plusieurs forums (ex.
forêts ; rôle des populations locales)2.
- Renforcer les ministères
de l’environnement (Décision UNEP/ SS.VII/1)
- renforcer les pré-conditions
nationales à la mise en œuvre des accords internationaux :
- capacités d’apprentissage
institutionnel
- Transparence
- la transparence et
la responsabilité sont les clefs de la participation => importance
des traductions. = problème important. Ex. Les points focaux
nationaux du Codex alimentarius ne fournissent de l’information qu’en
anglais. Les traductions dans les langues locales coûtent cher,
mais leur absence peut réduire à néant les efforts
de transparence;3
- Réseaux et coordination
entre parties-prenantes
- Accès aux ressources
(intellectuelles, financières, politiques, médiatiques, etc.)
- Se concentrer sur
des activités ponctuelles précises
- Ex. renforcer les capacités
de l’application de l’accord préalable en connaissance de cause pour
les questions qui touchent à la fois au commerce et au développement.
Conclusions
- La Francophonie se doit :
- D’être présente
activement en offrant des visions et solutions différentes et complémentaires
et non en se cantonnant dans un rôle de soutien aux problématiques
dominantes ; elle doit être un lieu d’expérimentation ;
- De concentrer ses actions
sur des initiatives précises ;
- De remettre en question
les idées reçues du jour
- Mobiliser la Francophonie
comme source d’inspiration intellectuelle, de connaissances pratiques et d’actions
qui renforcent et influencent les priorités et les actions de la communauté
internationale.

Notes
1 "leading global environmental
authority that sets the global environmental agenda, promotes the coherent implementation
of the environmental dimension of sustainable development and serves as an authoritative
advocate for the global environment".
2 Cf. Décision UNEP/SS.VII/1
: "Priority should be given to synergies at the country level, including the
provision of means of implementation."
3 CGS report on Governance,
Vancouver Mtg 2001