Education et sensibilisation : clé de voûte de la volonté d’agir Monsieur Christian DE LAET, Fondation de recherches transnationales Knowlton, président de l’antenne au Canada de " Développer Autrement ", Canada
Préface
Le propos ici est de contribuer à une vague de sensibilisation à la complexité d’un développement durable et de suggérer à des décideurs qu’ils lui fassent une place viable. A défaut, les plaidoyers pour un développement durable ne feront que rester lettre morte. Les forces d’inertie sont grandes et la nécessité d’un changement effectif quelconque ne touchent pas ceux dont les intérêts en seraient menacés.
Sans dépasser le mandat donné, il est cependant nécessaire de situer l’auteur de cette note. Il a passé le plus clair de sa vie professionnelle à tenter de cadrer l’évolution de l’humanité au delà d’un simple régime de survie. Qui dit survie sous-entend que l’échelle s’élève ensuite vers subsistance, sécurité, surplus et satisfaction (ce qui comprend beaucoup d’aspects non matériels).
Quant à l’horizon 2012 (une rançon au système décimal sans doute), il nous permet de voir ce qui serait à une demi génération d’ici, de dégager des idées-forces dans nos domaines respectifs, et aussi de jeter des ponts et des passerelles qui aideront nos commettants à se positionner pour le Sommet de Johannesburg d’ici à moins de six mois.
C’est là que, sensément, comme le dirait l’académicien français Michel Serres " l’Humanité devra trouver son humanité ". Il ne s’agit pas d’adopter la boutade par laquelle "on ne peut remettre au lendemain ce qu’on peut faire le surlendemain pour éviter d’être un jour en avance" : nous n’avons plus vraiment de surlendemain disponible
Constat
L’homme EST son environnement, celui-ci désignant ce que la nature est devenue, mais en mesurons-nous les enjeux ?. Le dilemme est que la nature, pour ce qu’il en reste, est inévitablement et inextricablement notre système porteur de vie, quoique nous dictent nos préférences institutionnelles, économiques ou politiques. Si nous parlons Vie, nous devons accepter que l’eau est un minéral impliqué dans chaque parcelle du vivant; sans l’eau, la vie est inconcevable. Instinctivement, les gens tiendront à ce qui représente les deux tiers de leur masse, s’ils le savent.
Vouloir privatiser l’eau fait penser à un autre genre de colonialisme, mais qui peut avoir des retombées pouvant, à la limite, tendre au suicidaire. L’éducation à la gestion durable de l’eau est donc une nécessité vitale, tout au cours de nos vies (l’Office national du film, au Canada, a approuvé le scénario d’un documentaire mondial dont le tournage sera confié en grande partie à des jeunes par la réalisatrice Sylvie Van Brabant).
Sans autres ambages, on doit déclarer qu’un des enjeux clés est l’eau : celle-ci n’admet de dissimulation ou d’hypocrisie qu’à notre propre péril. Dans son aspect d’énergie, elle implique que nous devrions tous et chacun tendre à la maîtrise de nos énergies. Nous devrions nous assurer que l’information à ces sujets soit transparente : la raison d’état ne peut pas être invoquée pour laisser les populations mal informées ou mal formées.
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Les quatre incontournables du DNS Pour " The Natural Step, il y a quatre conditions non négociables à la survie de l’humain sur Terre; les deux premières sont basées sur les lois physiques, les deux autres, sur le bon sens socio-dynamique. . On ne peut pas extraire des produits du sous-sol et en laisser s’accumuler les déchets, sans réinsertion dans les processus naturels. . Les substances produites par les activités humaines ne peuvent, non plus, donner lieu à des accumulations inabsorbables. . Les richesses naturelles et la biodiversité ne peuvent être systématiquement réduites ni détériorées. . Pour assurer le bien-être de l‘ensemble de l’humanité, les processus de développement doivent se faire dans le partage, en tout équité et avec efficacité. Ce qui nous mènerait à un avenir communautaire universel. |
S’il est même convenu que la situation actuelle peut devenir intenable, vu les richesses naturelles en déclin, une démographie défensive, une pression incontournable sur le fond même de l’espèce humaine, celle-ci pourrait sombrer en deçà de toute possibilité de " développement ", ou alors agir en auto-défense instinctive ou irréfléchie. Le bilan en est une négation parfaite de tout espoir d’évolution. Les marées portent tous les bateaux, les petits comme les grands. Dans les pays industriellement développés, on refuse de se conformer aux lois imprescriptibles de l’écologie tel que tout "extrant" doit devenir "intrant" dans une autre partie du système, et pas de triche!. Les travaux du Det Naturliga Steget (DNS, une Démarche plus conforme à la Nature) en Suède, en atteste (www.naturalstep.org).
De prime abord, il semble nécessaire d’insérer la question de l’Éducation, qu’elle soit de base, sur le tas ou continue, dans le contexte du développement. Ni l’éducation, ni la sensibilisation, pas plus que la " prunelle des yeux ", bien que d’une valeur inestimable, n’ont de système marchand avant d’être accouchés de son soi intérieur, renforcés par les exemples quotidiens proches. On parle d’enthousiasme (de en-theos, le dieu intérieur), de feu sacré ou d’élan vital pour signifier des attributs clés de la personnalité. Il semble opportun d’insister sur une logique générale par laquelle un développement ne peut être durable pour l’humanité que si le système global permet aux vérités locales d’y coexister. On doit reconnaître pourtant le côté fragile d’un concept nouveau qui n’a donc pas la même feuille de route que le système en place. Pour qu’il devienne monnaie courante, il faut le mettre à l’épreuve et avoir l’espace-temps d’y apporter les correctifs voulus, ce que le système en place n’est pas toujours prêt à lui accorder. Les critères d’une éducation à recommander sont nécessairement différents de ce qui est en place vu la différence de générations impliquées. Laisser de la place pour que l’innovation fasse jour demande de sensibiliser les décideurs pour qu’ils permettent la sensibilisation des institutions et des personnes dont ils ont la charge. Ils sont aidés en ceci qu’ils sentent qu’un vent est en train de tourner sans qu’ils en aient toute la maîtrise voulue. Le problème est d’autant plus aggravant qu’on est plus haut dans la pyramide décisionnelle. Au niveau de communautés locales et d’individus éclairés au sujet, beaucoup d’innovations à un développement à composante humaine plutôt que strictement économique ou politique sont en train de faire surface; certaines foisonnent déjà grâce à des mémoires retrouvées ou à des nécessités culturelles et environnementales locales pressantes.
Les Conférences " + 10 " ne sont, en grande partie, que des vagues qu’on s’apprête à passer sans s’attendre à ce qu’elles apportent grand changement au statu quo. Mais est-ce encore le cas, et cela le restera-t-il?… Si nous considérons la valeur capitale de ce que nous dilapidons par vision bornée, par négligence ou par manque de concertation constructive, notre planète se délite, la technologie nonobstant. Capital financier, capital moral, capital nature, capital environnement, capital humain, capital social, capital jeunesse : tout semble s’effriter, victime d’entropie naturelle ou artificielle, d’un laisser-aller qui convient à certains. Se féliciter du moindre pire ne suffit plus à redresser les climats, à assurer la bio- et la socio - diversité, à nous munir d’énergies renouvelables et non-polluantes, à reverdir les déserts, à nous doter de monnaies et de systèmes d’échange plus équitables, plus transparents, plus socialement efficients.
Ainsi nous devons nous prémunir contre les catastrophes et les implosions qui pointent à l’horizon : - Les changements globaux du climat avec leurs retombés sur les systèmes vitaux de la planète, l’agro - sylvi – aqua / mari -culture, l’alimentation et…la disponibilité en eau de qualité utilisable.
- Les finances publiques, la fiscalité et le sens de la monnaie.
- La démocratie qui se réduit souvent à la commandite de votes.
- La valeur des échanges inter- et même intra-états.
- Le traitement des moins nantis, en parlant d’éradiquer la pauvreté.
Comme pour certaines langues, il faut les connaître pour les manier convenablement, pas à sa convenance. Certaines langues du genre qu’on peut appeler Lingua Franca est souvent un sabir d’affaires s’étendant comme virus de nécessité marchande ou militaire : elles sont souvent pauvres. D’autres ont gardé dans leurs structures linguistiques le signifiant de leurs origines; guidées, elles sont ainsi capables d’évoluer au delà du " ici et maintenant ".
Éducation
Nous sommes à l’image de la nature et des relations que nous entretenons avec elle. Ce qui doit nous guider, c’est notre dotation corticale qui seule peut nous élever. L’éducation (se diriger hors de soi-même), l’écolage (se cultiver en s’élevant au-dessus de soi-même) ne sont pas que des rejets d’un latin désuet.
Toute négociation avec d’autres pour arriver à une entente collective en éducation exige en fait que nous nous soyons aguerris à ce qui cultive nos cerveaux, ce qui veut dire aussi à des jeux d’esprits et des jeux de table, tel le Wari, le No, le Jeu de l’Oie et autres). Les nouvelles percées de la science moderne peuvent être enseignées en images et en métaphores : la taille, la densité, l’organisation du cerveau, ses communications, son langage, sa cohésion, sa syntalité, sa perméabilité doivent servir de points de repère à constituer une communauté humaine, et sans prothèse autre que notre plus récente dotation corticale : difficile à manier, on doit maintenant comprendre ce qu’est une écologie de la connaissance.
Mais cet enseignement ne peut être fertile que s’il est réalisé avec des précepteurs qu’on trouve plutôt dans une vie en groupe, évitant au mieux de sombrer dans des instincts et des émotions: nos cerveaux primaires ont encore trop tendance à se manifester dans les secteurs public et privé, aussi bien que dans le tiers secteur non-marchand. Le mal s’étend partout et tous en sont frappés.
Quand et où pourrons-nous sortir des ornières dans lesquelles l’instruction publique a enchaîné la société contemporaine depuis plus de cent ans, peut-être une inévitable rançon d’un passé féodal. Nous devons donc nous tourner vers les exemples fournis par les systèmes de connaissance traditionnelle et, à partir de ce riche terreau, cultiver des pousses, soigneusement sélectionnées, issues du progrès technique. La francophonie elle-même a une structuration d’un rare potentiel à ce sujet, qu’elle partage sans doute avec le chinois ou l’arabe. De nouveaux partenariats peuvent naître aussi parmi les langues romanes si nous surmontons nos méfiances culturelles en y retrouvant des liens historiques.
De longues expériences vécues hors des frontières du G28 (OCDE) ont tendance à prouver que la pauvreté n’existe que comme un référentiel externe qui disparaît si on consent à être positif envers ceux dont on croit qu’ils en sont affligés. Ainsi, si les plus riches industries dans les pays du G28 consentaient, ne fut-ce que un ou deux pour cent de leur chiffre d’affaires, à contribuer un partenariat d’égal à égal avec leurs répondants à l’étranger, nous pourrions arriver plus rapidement à restaurer des équilibres essentiels à l’humanité, pour autant que nous respections la culture de chacun.
Il est possible que nous entrions dans des économies nationales à deux vitesses : l’une desservant l’univers des communautés locales et l’autre, les entreprises enchaînées au global multinational (voir acétate). Une frontière flexible et respectée entre les deux, avec leurs deux monnaies, permettrait d’éviter de nombreux abus et excès qui se soldent automatiquement par une mainmise et une emprise totale où les méga-concurrents se livrent bataille chez ceux qui ne les avaient pas invités en premier lieu. Cette optique est de nature à développer une entraide et une solidarité responsable, là où la concurrence et la compétitivité ne deviennent qu’une aberration destructive : ce sont les communautés locales qui sont les meilleurs défenseurs de leurs environnements; ce sont elles qui peuvent y assurer une gouvernance stable qui inclut leur capacité de négocier à l’externe. Le modèle analogique est celui d’une famille indivise (comme parmi certaines familles indoues) avec son conseil corporatif seul habileté à transiger avec les institutions publiques plutôt qu’un fourmillement de contribuables et d’électeurs sans guides ni desseins et dont toutes les énergies sont ainsi en mauvais emploi. En Asie du sud-est, par exemple, beaucoup de jeunes délinquants de droit civil sont pris en charge par des institutions religieuses, bouddhistes en particulier, plutôt que par des prisons ; l’éducation, ou la ré-éducation, ne s’en porte que mieux puisque leur contexte social est de nature à les sensibiliser.
L’apprentissage à l’institutionnel devient nécessaire : il ne va pas de soi.
Sensibilisation
C’est avec hésitation qu’on s’engage dans l’atelier proposé. Nous savons tous, individuellement, que nos structures institutionnelles et politiques ne sont pas adaptées aux échéanciers auxquels nous devons faire face. Si les avantages vantés du dit développement prennent, de toute évidence, au moins six générations (150 ans ?) avant de se faire sentir dans une amélioration des aménagements locaux de nos communautés, nous n’avons plus un espace-temps de cet ordre pour redresser les carences du mal-développement qui affligent la plupart de l’humanité.
Dans le domaine de l’eau, l’escalade du " mal fait ", de l’inertie, de l’aveuglement ou de l’ignorance, consciente ou non, fait en sorte que nous n’ayons pas vraiment plus qu’une seule génération pour changer de cap. Il s’agit là de " développer autrement ". Il y a une dizaine d’années, l’association française 2100 (www.2100.org <http://www.2100.org>) a identifié une douzaine de créneaux majeurs de préoccupations qui devaient être " remis à neuf " dans les deux générations qui nous suivent, si l’humanité voulait passer relativement intacte le cap d’un nouveau centenaire à l’an 2100.
Dans ce domaine comme dans d’autres, des poussées vers la globalisation des modes de consommation et des technologies attenantes deviennent irrésistibles. Elles sont fortement ancrées dans des modes de vie caractéristiques des nantis, eux-mêmes encore capables de fouetter à outrance les toupies incestueuses de la technologie et de ses sbires informatiques devenus universels. La tache d’huile des communications renforce la perception des écarts, le jeu économique ne bénéficiant, malgré tout, pas plus qu’à une fraction des nations ainsi qu’à une fraction aussi faible des populations dans les pays dits économiquement développés, démocratiques ou non.
Le contexte dans lequel un développement doit être durable s’élargit donc, et il s’approfondit aussi. Il touche maintenant la personne humaine en tant qu’individu affamé ou privé d’eau, privé aussi d’accès à un sens compréhensible de la vie. Il ne croit plus à l’efficacité de la carotte et du bâton, ni aux ordonnances de maîtres ou de patrons vivant ailleurs dans la mollesse ou la luxure de leurs lambris dorés. Il s’ensuit que ce sont toutes les couches de l’humanité qui doivent s’ouvrir à un autre devenir.
Pour un avenir viable, il s’agit d’inventer une entreprise universelle où il faudra retrouver notre entraide collective et où il faudra se replonger dans le fait associatif si clairement annoncé il y a plus de 150 ans en Europe - et bien avant dans les systèmes coutumiers -. Ce phénomène a été repris dans le sens de l’éducation décrit dans le cadre d’université mondiale il y a 100 ans par l’Union des associations internationales (www.uia.org).
S’il est une loi en sciences sociales, c’est qu’on ne peut satisfaire à un bien public qu’en réduisant le bien privé d’au moins quelqu’un. Qui maintenant est le public et qui est le quelqu’un ? Si les gouvernements se réclament de dispenser le Bien public, qui s’occupe du Bien commun et, plus encore, du Bien d’aucun. Ici et maintenant, ce qui n’appartient, ni ne peut appartenir, à personne en particulier, comme un beau paysage, devient la proie de tous.
Le nombre des " quelqu’un " est devenu majoritaire, bien qu’il soit dispersé et disparate - à dessein semble-t-il - pour éviter qu’il n’acquière cohésion et qu’il ne puisse faire levier. Mais maintenant que chacun est capable de mettre le feu aux poudres, il semble logique qu’on s’adresse au problème global de tous ces universels ignorés.
L’État-nation a perdu beaucoup de son apanage de souveraineté, vu la perte de plusieurs types des frontières qui le soutenaient : l’information, les communications, le transport contribuent à ce que des organismes non-étatiques le remplacent progressivement. Mais il existe des dangers graves dont on doit être averti : dans le transnational, la possibilité d’un super-crash de l’Internet ne peut pas être exclue. Le monde est en pleine mutation et nous n’y sommes pas institutionnellement sensibles; à peine y a-t-il une poignée d’esprits qui cherchent à se faire entendre en contre-partie, mais nous faisons la sourde oreille. Tout cela ne présage pas bien.
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Development Alternatives, Nouvelle-Delhi Cet organisme s’est voué dès le départ à créer des entrepreneurs ruraux responsables. Le meilleur de la science contemporaine, sévèrement filtré et remanié avec les gens du lieu, était marié au système local de connaissances traditionnelles pour en sortir des grappes ascendantes de technologies performantes, gérables, réparables, enrichissantes du bien privé et du bien communautaire, porteuses d’un développement qu’on a appelé depuis " durable ". L’art était de conserver le capital environnemental et culturel de ces populations tout en y édifiant un capital en maturité technique. Grâce à la maîtrise d’une technologie, une grappe plus " avancée " la remplaçait par un système de prêt-bail, de franchise ou tout autre du genre. La seule précaution était qu’elle ne tombât pas dans les mains de ces mafieux qui abondent partout. Au coeur de l’opération se trouvait un transfert de connaissances techniques modernes qui s’intégraient au savoir traditionnel de l’endroit, soucieux de l’environnement des cultures locales, rurales au début, s’étendant à l’urbain ensuite. En somme, assurer les meilleures mises en place et pratiques possibles pour des sociétés ouvertes à se créer des surplus au delà de la survie. La tension créative intérieure — rendue disponible pour engendrer un développement plus rentable et le valoriser dans leur région et plus loin — créent un courant où tous ont quelque chose à apprendre et à enseigner. La confiance en soi conduit à une autonomie qui les rend les personnes moins facilement ‘piégeables’. Qu’il s’agisse de papier artisanal, de presses à blocs de terre comprimée, de tuiles de toit, de cuisinières domestiques ou de métiers à tisser manuels à haute performance, le vent du changement s’empare de la communauté et la transforme en une grande opération de Compagnonnage où l’ouvrier, ses outils et ce qu’il en fait deviennent rapidement porteurs de la culture où leurs objets techniques ont été rêvés puis nés. |
Rien dans le sens de modifications structurelles n’a été envisagé au cours des 30 ans qui nous séparent de Stockholm 1972. À Stockholm, on sentait déjà des tiraillements qu’on a eu peine à déguiser. Nairobi 1982 et Rio 1992 - ni la commission Brundtland en 1987, n’ont pas allégé le fardeau. La règle d’or triomphait : ceux qui ont l’or font la règle! Sans exagération, nous vivons dans une topologie factice, sur des bulles de savon dont la moindre chute de tension de surface de l’une risque irrémédiablement d’entraîner la perte des autres, petites et grandes. Un beau et souriant "bonhomme de neige" en hiver n’est plus qu’une flaque sans nom au printemps. Et peu n’en chaut à la nature! Quant à nous, nos inepties et nos carences nous forcent à être inquiets des conditions dans lesquelles nous en sortirons. Nos échelles de valeur ont été faussées par un pactole pour quelques pour cent de l’humanité, ceux-ci agitant l’oriflamme du progrès et de la consommation marchande,… et par un pactole d’espérances déçues pour le reste.
Ainsi devons-nous opérer collectivement et individuellement des revirements majeurs dans nos expectatives et dans nos comportements. Pour tout dire, dès 1972 des rencontres et des convergences s’établirent dans l’esprit de plusieurs personnes et organisations férues d’un nouveau devenir où les ponts et les passerelles à construire présageaient d’un liant de solidarité.
Ce n’est pas le lieu ni le moment ici d’en faire état : leur succès répond plutôt à la maxime " pour vivre heureux, vivons cachés ". C’est à ce moment, dans le suivi de Stockholm, que la conception d’un autre type d’ONG (Organisation Nécessaire à la Gouvernance, selon l’heureux propos de AJN Judge, secrétaire-général adjoint de l’UAI) se dessina, notamment Development Alternatives (DA), en Inde, qui d’ailleurs ne vit effectivement le jour que 10 ans plus tard (toujours dirigée par son président-fondateur, le dr. Ashok Khosla).
C’est un genre de sensibilisation et de communication qui fait tache d’huile et qui contre les dérives habituelles mal réfléchies vers un mal-développement devenu endémique, un développement qui appauvrit la nature et paupérise nos communautés. Dans le schème de DA, l’hyper - technicité dominante de la culture euro - américaine ne doit plus avoir place de droit automatique et dominante au " banquet de la vie de l’humanité" : elle doit être filtrée localement grâce à un discernement dans les prises de décision qui permet de distinguer ce qui est de ce qui n’est pas. Les jeunes suivront s’ils bénéficient d’un enseignement théorique et pratique qui a du sens ; sinon, le risque de décrochage de l’école est grand (et la dérive en spirale vers le chaos social aussi). Beaucoup d’adultes, désenchantés des promesses vaines des casinos " dot.com ", se remettent en question : ils sont en avance d’au moins une génération sur leurs élites au pouvoir. C’est mieux que six générations, mais ce n’est pas assez parce que nous n’avons peut-être pas le temps d’opérer le rattrapage voulu.
Les techniques et technologies d’information et de communications soudoyées par les partisans d’une société de consommation ont bonne allure - Una Bella Figura - mais ne mènent pas à un développement durable.
Pour contrevenir à une telle situation, il nous faudrait remonter le courant qui semble prévaloir et être à l’affût de ces branchements que nous avions délaissés et qui risquent toujours de devenir caducs ; d’autres, par contre, pourraient être revivifiés parce que la compétition les favorise, le prix du pétrole étant remonté (plus encore, les puces électroniques et certains matériaux de synthèse peuvent les remettre en lice). Mais comment remonter au lieu de naissance de ces mutations techniques qui ont causé de tels écarts d’équilibres. Contempler à distance ou nourrir un cancer n’aide pas plus à s’en défaire. Il faut beaucoup plus et c’est urgent!. Mais les prothèses de l’invention et de l’innovation existent aussi : qui s’en occupe si leurs sympathisants sont écartés comme des boy-scouts, des rêveurs ou des insatisfaits.
Si tout est matériau, énergie et information (avec empaquetage commercial séduisant), comment nous sensibiliser à un virage vers une préoccupation pour l’entièreté du vivant tout en restant conscient des horizons-temps serrés qui se dessinent avec leurs échéances pressantes?.
Sans entrer ici dans ce que la langue française pourrait apporter de précision indispensable à comprendre et oeuvrer dans le sens de l’Agenda 21, il semble tout aussi indispensable que nos institutions de tout genre se fassent connaître à l’étranger dans leur langue à eux. Il n’y a pas de place pour maugréer dans l’immobilisme : toutes les occasions sont bonnes pour que " les autres " nous entendent et reconnaissent que le moment est venu de nous écouter. Nous avons déjà des alliés directs dans les pays-membres de l’Agence qui sont aussi membres du Commonwealth : ils sont six dont le Canada, les autres sont des îles ce qui devraient nous donner à penser comme laboratoire naturel.
D’autres avenues déjà évoquées permettraient d’essaimer " Éducation et Sensibilisation " : de plus, le colloque " Sociologie, Économie et Environnement " sous la direction de Corinne Gendron, Cecilla Claey-Mekdade et Jean-Guy Vaillancourt au 70 ème congrès de l’ACFAS à l’Université Laval en mai de cette année, sera une autre occasion de faire le point. Plus près de nous aujourd’hui, les deux études de cas prévues pourraient être reprises et rédigées dans des cahiers disponibles à tout un chacun.
Une sensibilisation à l’éducation
Il est indispensable que nous soyons à l’écoute des jeunes et que nos textes de soutien, avec une imagerie à l’appui, soient rédigés pour être ressentis par eux.
L’Assemblée Mondiale de Citoyens qui s’est tenue à Lille en décembre dernier sous les auspices de la Fondation pour le progrès de l’homme (Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire) (www.alliance21.org) est un autre de ces réseaux globaux qui se trament beaucoup par la base. Une masse critique commence à faire surface et il ne tient qu’à nous de lui donner une vitesse de croisière qui permettra à la francophonie de se décoller du mou dans lequel des rapports de force contraires rompent les équilibres et mènent à une suprématie factice.
De tels réseaux doivent devenir protecteurs d’initiatives locales qui, à la limite, prennent leur envol dans la personne individuelle. Celle-ci doit être encouragée à s’ouvrir comme par la maïeutique de Socrate : nous devons nous accoucher de notre tréfonds culturel. L’image et le son (et une iconographie de soutien) doivent s’accorder avec le verbe pour constituer le Logos de demain. L’intangible et l’immatériel du sacré doivent être orchestrés pour soutenir des rituels trop facilement écartés et oubliés dans leur individualité. Reconnaissons que le monde se dévoile à nous plus rapidement que nos rétro-actions inefficaces.
Notre Internet pourrait assurer le partage des savoirs auprès des jeunes et des moins jeunes, parce que les " anciens " n’ont plus les capacités émotives et intellectuelles pour retrouver sensibilité humaine et gros bon sens. Même le ralentissement de l’effet de ces attributs délaissés développe des inerties préjudiciables. Même discuter de leurs influences et les déplorer peut faire sombrer un ressourcement essentiel. Faut-il contrer les parasites d’un développement durable ou les dépasser? Quelles pro-actions pourraient être envisagées prioritairement?, en quoi?, vers où?, avec qui?.
Nous devons collectivement ingérer et digérer le nouveau savoir qui émerge avant de prétendre vouloir le gérer.
Nous devons connaître les carcans et les culs-de-sac qui nous bloquent avant de pouvoir remettre en lice la pensée autonome et censée. Peut être insister sur le fait que s’il y a urgence, il ne faut pas concevoir des solutions miracles trop vite (ex. OGM) sans se référer au principe de précaution.
Nous sommes aidés à cette tâche par les écoles " communales ", les Écoles Nouvelles. Celles-ci sont parfois décriées mais elles sèment l’apprentissage d’une confiance personnelle, en se méfiant d’un " par coeur " qui fige la raison.
Elles aident à développer une curiosité constructive, un comportement responsable. C’est là qu’on peut découvrir son " soi ", en famille, en communauté; on y est mieux préparé à assumer un rôle dans les grandes enceintes urbaines et aussi, à édifier une maturité nécessaire pour cohabiter de manière équilibrée avec la nature. Nous sentons que nous ne pouvons pas nous échapper de la nécessité de composer avec elle puisqu’elle nous offre aussi le cadre de vie qui nous permet d’être humain.
Quel avenir devons-nous assurer aux jeunes d’aujourd’hui? Comment éviter les décrochages de l’école, la sauvagerie urbaine, les bidonvilles, les méfiances intergroupes, les culs-de-sac économiques, les économies à géométrie non-réglable, les boucles récurrentes de problèmes auto-aggravants (fort bien analysées dans l’Encyclopédie de l’Union des associations internationales (voir acétate sur les Boucles récurrentes de problèmes), dans " 2100, Odyssée de l’espèce " (de l’association du même nom) et plusieurs autres.
Il y a donc nombre d’exemples de gens et de communautés inspirantes, socialement équitables et soucieuses de leurs environnements et de la nature. Il nous faut retrouver les communautés économiquement hors-circuits, souvent décriées et laissées pour compte. Maintenant, leurs richesses culturelles ne sont souvent reconnues que par le biais d’un tourisme qui souvent les épuisent et ne laissent que peu de retombées bénéfiques locales, alors que ces richesses environnementales ou culturelles donnent le sens-même à leur vie. Des écolages guidés sur le tas comme chez les Compagnons du devoir, symboles d’arts et de métiers, méritent d’être valorisés davantage. Au-delà de tout ce qui existe d’épars et de diffus, comment sensibiliser des formateurs à la nouvelle optique que le changement nous imposera. Comment concevoir ce mélange de formation technique et de formation du coeur et de l’esprit vers un mental supérieur ? Nous ne pouvons pas courir le risque de vivre dans nos cages à miroir et nos lambris dorés sans ramener les oubliés, les non-nantis, les écartés, les marginalisés sinon ceux qui sont rejetés ou même criminalisés. Comment remettre en service d’urgence les maîtres respectés, sacrés et profanes, qui nous restent; comment les identifier, institutionnellement parlant?. Notre obligation est claire, à cet atelier, de donner aux participants de quoi se documenter sur une ou l’autre des positions qu’ils ou elles devront négocier dans le cadre du suivi de l’Agenda 21, aux Assises du Sommet de la Terre en août de cette année.
Il semblait utile de présenter une toile de fond pour que chacun puisse alimenter sa propre perspective pratique, plutôt que de courir à hue et à dia pour boucher les trous et les failles qui relèvent de nos entendements différents de ce que pourrait être un développement durable. En effet, qu’est-ce que cela implique dans la réalité de tous les jours pour les négociations qui s’amorcent et, aussi, pour les générations présentes et à venir. Il est clair que des positionnements institutionnels dans un forum mondial doivent nécessairement être à une certaine distance de ce que les participants peuvent ressentir en leur for intérieur.
Il est essentiel de garder cet écart en vue si le but est de viser à des accords durables dans la réalité, plutôt que de s’accorder sur les raisons pour lesquelles un accord de fond n’est pas possible.
Nous vivons dans un climat d’urgence où tous devons militer et prendre des positions d’éclaireurs sages mais pressés.
Où en sommes-nous ?
La francophonie ne peut pas se contenter de n’être qu’à une écoute attentive de ce qui se dira à Johannesburg. Elle doit se forger rapidement des alliances vives avec des aires linguistiques autres pour que ses préoccupations pour n’importe quel sujet du Forum participent à un effort commun d’importance qui puisse équilibrer les rapports de force avec d’autres ‘blocs’ de nations. Le résultat serait d’élever les décisions à de nouveaux seuils de résolutions caractérisés par l’à-propos, le moment décisif et le haut de la vague. La langue que nous avons en commun est un outil potentiellement plus puissant que de trébucher en avant dans un pragmatisme opportuniste qui mène aux mirages.
Il n’en reste pas moins que des recommandations visant à assurer le plein essor de collectivités locales " durables " répondent à un besoin universel qui touche toute l’humanité. Cet universel d’un Vécu local est une contrepartie utile à une tendance globale qui ne répondra pas seule à des critères de durabilité. Un développement durable ne peut se résoudre à une croissance matérielle sans bornes, avec des catastrophes irrémédiables dans les systèmes qui en font la promotion active. Les préoccupations esquissées ici en larges traits font pendant à un modèle de croissance de la qui ne laisse pas de place pour des investissements sociaux et environnementaux. Cui Prodest?, à qui cela profite-t-il, est une question qu’on ne peut plus éviter quant à la valeur de l’argent et ce qu’on en fait.
Festina lente dit un proverbe nous incitant à nous dépêcher lentement. Il ne s’agit pas autant de Rio+10 que de Stockholm+30 qui nous entraîne vers un pied de paix renforcé. Plusieurs marches de l’escalier partant de la survie et devant mener vers la subsistance, la sécurité, le surplus et finalement vers l’évolution de notre espèce, ont déjà été montées. L’escalier, cependant, devient rapidement plus raide.
L’auto - éducation par le déclenchement des forces vives de l’enfant et par la remise simultanée en question de l’adulte font une paire indivisible. Un kaléidoscope de maïeutique, de volontariat, de compagnonnage, de partenariats d’égal à égal entre les forts et les faibles de la francophonie semble être un genre d’optique et de recettes dont l’éventail des programmes et des activités ne doit pas peser lourdement sur le trésor public. Certains sont déjà en place mais ne sont souvent pas suffisamment valorisés : ils font souvent plus de bien qu’ils ne s’en vantent. C’est ainsi que devrait se reconfigurer la pauvreté, terme apporté qui n’est pas dans le vocabulaire endogène de ceux qu’il est sensé affliger. C’est un mur de briques en papier qui détourne l’attention de vrais problèmes. Les grands doivent faire de la place aux petits.
Nous voudrions remercier en particulier collaborateurs et sympathisants qui nous ont appuyé dans ces notes rédigées et revisées sans grand préavis: Lucie Dumoulin, José Furtado, Isabelle Grégoire, Benoit Martimort-Asso, Julie Rondeau, Marisha Shibuya Wojciechowska. Plus profondément, merci à tous ceux et celles sur les épaules de qui nous avons pu voir un peu plus loin
Références : Conger, D.Stuart, 1974, (Compendium of) Social Innovations, Information Canada, Prince Albert, Saskatchewan, 290 pp.
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