3. Monsieur Jean BURTON, Centre Saint-Laurent, direction de la conservation de l’environnement, Canada
Le développement des capacités en gestion des ressources en eau par bassin : l’expérience du projet " gestion des grands fleuves " et du Réseau Francophone de Gestionnaires d’Écosystèmes Fluviaux et Lacustres (1990-2001)
Au Sommet de Dakar de 1989, lorsque le Canada lançait le projet " Gestion des grands fleuves ", la situation des grands bassins fluviaux était déjà préoccupante ; les pressions combinées de la désertification , de la salinisation des terres irriguées, de la pollution et de la surexploitation des ressources en eau laissaient entrevoir des difficultés sérieuses pour l’ensemble des usagers de ces grands systèmes. La situation était d’autant plus complexe que les rares outils de gestion développés dans le Nord devaient être adaptés aux besoins du Sud, mais dans un contexte rendu difficile par des moyens fort limités.
Clientèle et objectifs
Les institutions nationales
et régionales de bassin ont constitué la clientèle privilégiée
du projet dont les objectifs
sont les suivants :
- identifier les besoins en matière de développement des capacités
- développer avec les gestionnaires, des outils de gestion bien adaptés
à leurs besoins
- faciliter la circulation de l’information et de l’expertise
- réaliser des activités de formation et de partage d’expériences
PRINCIPAUX CONSTATS
Après plus de 10 années de travail international en développement des capacités en gestion par bassin, certains axes d’intervention nous apparaissent prioritaires.
Le cadre institutionnel
Le succès du
cadre institutionnel de gestion par bassin repose, entre autres, sur :
1. une vison commune des enjeux et une entente sur des principes de partage
équitable des ressources communes ;
2. une structure de gestion, à l’échelle du bassin (qu’il soit
international ou national) , avec des mandats clairs et des moyens lui permettant
de les remplir ;
3. un partage de l’information et de l’expertise entre les divers intervenants
; c’est là un premier test sur les intentions de collaboration ;
4. l’utilisation de formules souples de planification et de gestion comme des
groupes de travail techniques et des comités ad
hoc ;
5. la participation de tous les niveaux d’intervention, incluant les collectivités
locales et les usagers.
Le cadre juridique
Dans le vaste domaine
des juridictions associées à la gestion de l’eau, voici certains
des défis à relever :
- la mise en application des codes et règlements d’application existants;
- la gestion de la superposition de juridictions ;
- la mise en place d’un état de droit , dans un contexte politique qui
encourage l’initiative et la participation des acteurs, à tous les niveaux
de la société ;
- la prise en compte de la question foncière et de l’occupation du territoire
qui sont intimement liées à la gestion de l’eau et de ses usages
;
- le contrôle des diverses formes de pollution qui limitent les usages
de l’eau ;
- la prise en compte des droits coutumiers et traditionnels qui, en matière
de ressources naturelles (eau, sol, forêt, pêche, etc.) ont déjà
fait leurs preuves.
Les capacités humaines
Dans un contexte de décentralisation, les acteurs locaux se voient confier des responsabilités nouvelles. Il leur faut des outils de gestion bien adaptés à leurs besoins et une meilleure compréhension du fonctionnement des systèmes naturels dans lesquels les activités humaines s’insèrent. De plus, il faut développer des passerelles entre l’état, les ONG et les autres organisations locales en matière de planification et d’interventions sur les ressources naturelles.
Les structures nationales (ministères) ont aussi des besoins importants en matière de développement des capacités.
Ces structures sont trop souvent enfermées dans le cycle des projets internationaux où c’est le bailleur de fonds qui définit les orientations et les approches, ne laissant que peu de place à l’expression d’une expertise nationale fournie en contrepartie.
Les organisations régionales de bassin : la gestion de l’information pour l’aide à la prise de décision pourrait s’avérer une voie intéressante : par exemple, à partir de l’information fournie par les états membres, l’organisation régionale pourrait préparer des scénarios de développement plus durable, à l’échelle du bassin, en tenant compte à la fois des choix identifiés par les états et des ressources limitées de ce territoire.
La maîtrise des technologies et des outils de gestion
On a jusqu’à maintenant utilisé une définition trop restrictive pour gérer les ressources en eau, en se limitant surtout aux aspects de quantité (gestion de l’offre). Or, il n’est pas possible de gérer l’utilisation durable de l’eau sans tenir compte de l’ensemble du système naturel dans lequel celle-ci s’inscrit.
L’accès aux nouvelles technologies est une des clefs du développement des capacités, mais à la seule condition que ces technologies soient bien adaptées aux réalités du terrain.
Nous avons aussi constaté que l’information existe dans la majorité des bassins, mais qu’elle est souvent incomplète, périmée, à des échelles inadéquates, et surtout, qu’elle ne circule pas. il faudrait donc d’abord mettre en valeur les solutions qui, développées localement, ont un haut potentiel de réplicabilité à l’échelle du pays ou du bassin .
L’intégration des dimensions économiques et sociales
Les approches dites de "privatisation sociale" sont en harmonie avec des objectifs de mise en commun de l’expertise et de participation de tous les niveaux d’intéressés à la gestion d’une ressource commune. Le respect de l’individu et la mise en valeur de l’expertise sont des principes qui trouvent leur application dans ces nouvelles formes de partenariat (SIE, 1999). Cependant, il ne faut pas oublier que les projets d’adduction d’eau et d’assainissement en milieux urbains et périurbains doivent aussi s’inscrire dans une approche de gestion par bassin, en harmonie avec les autres usages de l’eau (agriculture, énergie, transport, santé, conservation, etc.)
RÉFÉRENCES
Agence de Coopération Culturelle et Technique (1995). Atelier sur la gestion intégrée des bassins fluviaux et lacustres : Compte rendu. Réseau francophone de gestionnaires d’écosystèmes fluviaux et lacustres, 67 pages.
Burton, J. (1995). Séminaires en gestion des écosystèmes fluviaux. Synthèse des cinq séminaires organisés en 1992 et 1993. Agence de Coopération Culturelle et Technique, 101 pages.
Burton, J. (1996). Étude prospective portant sur la gestion intégrée des grands fleuves en Afrique de l’Ouest. Agence Canadienne de Développement International, 54 pages.
Burton, J. (2001). La gestion intégrée des ressources en eau par bassin : manuel de formation. Institut de l’énergie et de l’environnement de la Francophonie. 258 pages Burton, J. et L. Boisvert. (1991). Séminaire en gestion des écosystèmes fluviaux. Agence de Coopération Culturelle et Technique, 115 pages.
Global Water Partnership (2000 ). La gestion intégrée des ressources en eau. TAC Backgroung Paper no.4, 76 pages.
Mostert, E. éd. (1999). Proceedings of the International Workshop on River basin Management, The Hague, 27-29 October 1999. IHP-V Technical Document in Hydrology, 31. 273 pages.
Pays-Bas (2000). Towards Sustainable River Basin Management : Recommendations and Guidelines on Best Management Practices. Ministry of Housing, Spatial Planning and the Environment, Nieuwegein. 23 pages.
Réseau International des Organismes de Bassin (1996). Atelier d’administration comparée Tulcea (Roumanie) : Des schémas directeurs pour mieux gérer nos fleuves. Sur Internet : http://www.oieau.org/france/tulcea.htm Réseau International des Organismes de Bassin (1998). Atelier RIOB : La participation des usagers à la gestion et au financement des organismes de bassin. Sur Internet : http://www.oieau.org/ciedd/fra/frames/etatsituation/riobetasit.htm.
Secrétariat International de l’eau (1999). La privatisation sociale de l’eau et de l’assainissement. Actes de l’atelier international, Montréal, 18-20 octobre 1999.