COLLOQUE INTERNATIONAL FRANCOPHONIE ET DEVELOPPEMENT DURABLE
DAKAR , SENEGAL
11 – 13 Mars 2002

NOTES POUR UNE PRESENTATION DE Mr PATRICE DALLAIRE
DIRECTEUR ADJOINT , IEPF
LORS DE L’ATELIER N°4

<< BIO-DIVERSITE, SOCIO-DIVERSITE : DIALOGUE DES CULTURES POUR UN DEVELOPPEMENT DURABLE>>

ETUDE DE CAS : LA DECLARATION DE COTONOU SUR LA DIVERSITE
CUTURELLE LE 11 Mars 2002

La Déclaration de Cotonou sur la diversité culturelle

Merci Monsieur l’Animateur

D’entrée de jeu : le premier réflexe de certains membres de l’auditoire ou du public en général, est de se demander ce que développement durable et diversité culturelle peuvent bien avoir en commun.

Je vous propose donc avant d’aborder la Déclaration de Cotonou comme telle de m’attarder un peu à cette interrogation légitime.

J’invite les auditeurs à prendre connaissance du texte de Monsieur GUILLITTE, lequel présente de façon concrète, de l’angle écologique , très savant les liens entre biodiversité culturelle et le soutien à la biodiversité et met en exergue les particularismes de la Francophonie en matière de biodiversité.

D’abord, la bio-diversité

Suffit-il de rappeler que l’Homme est une espèce animale lui aussi ? Qu’il est menacé par la dégradation de l’écosystème ? Que la surpopulation risque de mettre en péril sa capacité à assurer son développement ?

Je rappelle aussi que la semaine dernière, l’UNESCO publiait un document où il était affirmé que la diversité culturelle est aussi importante pour l’avenir du monde

Une autre menace plus pernicieuse, pointe à l’horizon, cette menace, je l’appellerais : <<l’extinction culturelle>>.

L’Homme est menacé, culturellement au plan des collectivités, dans la mesure où des langues et des cultures disparaissent.

Certes, cela est arrivé à de nombreuses reprises, au cours des siècles et millénaires précédents mais le danger n’a jamais été aussi grand, aussi insidieux que maintenant. Incidemment, il y a quelques temps, un dirigeant du PNUE soulignait que géographiquement, la carte des espèces animales en voie d’extinction coïncide étrangement avec celle des langues en voie de disparition.

Ce danger a pris la forme d’une vision singulière, uniforme du monde.

Cette vision prétend, à l’exclusion de toute autre, porter l’avenir du monde et des peuples.

Devenue mot Buzg, la mondialisation est prétexte à excès, abus et en incite plus d’un à baisser les bras face à une force qui, tel un rouleau compresseur, avance inexorablement, nivelant tout sur son passage. Le résultat de son action : l’uniformisation des paramètres culturels à l’échelle planétaire.

La mondialisation débridée est l’incarnation d’une idée voire, d’une idéologie, qui ne fait pas de place aux sentiments en matière de commercialisation des produits culturels ou d’affirmation des différences nationales, de l’exception culturelle en fait.

Que cette vision et cette idéologie soient aussi celles qui animent et inspirent une puissance économique en position hégémonique voilà l’incarnation du danger.

Qu’elles servent de justification à la dictature des lois du marché où triomphent les marchands d’une culture de masse n’offrant qu’une représentation sommaire, univoque de la société humaine, où l’esprit humain ne trouverait qu’une langue pour s’exprimer, voilà la traduction du péril !

Après tout, n’en déplaise aux chantres de la mondialisation, on ne peut pas, au nom d’une vision étriquée de l’évolution, effacer des pans entiers du génie humain, lequel trouve des manifestations dans toutes les langues, dans toutes les cultures. 

Cela, la Francophonie l’a compris ! Elle l’a compris dès sa fondation ! En fait, elle n’aurait pu être sans avoir, instinctivement, accepté de postulat.

La préservation et la promotion de la diversité culturelle ne sont pas des notions nouvelles pour la Francophonie. Le monde francophone vivait cette réalité avant la lettre.

De la fondation de l’ACCT en 1970, à la déclaration de Cotonou, l’an dernier en passant par la Charte de la Francophonie de 1991, ces notions ont inspiré l’action francophone.

Et, comme l’indique la déclaration de Cotonou, la diversité culturelle sera au cœur de nos préoccupations au 21ième siècle.

Ailleurs, qu’est-ce que la Francophonie si ce n’est la diversité culturelle ? Dans sa composition : 55 états, possédant des dizaines de langues nationales, où le français n’est la langue de la majorité qu’à de rares exceptions.

Dans son action : V/A le dialogue des cultures qu’elle anime avec les mondes arabophone, hispnophone et lusophone.

 

A Cotonou, il y a moins d’un an, les Ministres de la culture de la Francophonie sont convenus d’une Déclaration d’un Plan d’action pour la promotion et la sauvegarde de la diversité culturelle. Ce plan d’action est le cadre de référence des opérations de l’OIF pour les prochains biennums. Ce plan comporte six grands axes et des dizaines de pistes d’action.

En voiçi les grandes lignes :

A) A soutenir, aux plans internes et international, la diffusion et le dialogue des cultures en favorisant leur appropriation par les populations et en développant le savoir faire des professionnels.

Il s’agit ici, pour l’AIF :

  1. De soutenir les initiatives des états et gouvernements visant à articuler une vision cohérente, auprès des populations et des décideurs, de la diversité culturelle et de ses enjeux, notamment via les systèmes éducatifs et les programmes d’enseignement ;
  2.  

  3. D’offrir de la formation spécialisée dans des domaines considérés comme stratégiques tels la gestion, la production et la diffusion des produits culturels, ainsi que la protection des droits d’auteur. On vise également à valoriser le patrimoine culturel et les cultures traditionnelles, ainsi que la diffusion des savoirs scientifiques et techniques, notamment via les CLACs.
  4.  

B) Faciliter la conception et la mise en œuvre de politiques culturelles et linguistiques

Ici, l’AIF organisera diverses actions, en concertation avec les états et les gouvernements, ainsi que l’AUF ; notamment, elle commandera des études faisant ressortir les mesures les plus significatives en matière de culture, de politiques et d’aménagement linguistiques et identifiera diverses mesures prises par nos états et gouvernements dont il conviendrait de faire reconnaître la légitimité au plan mondial.

C) Consolider le rôle de la langue français et des langues nationales partenaires en tant que vecteurs d’expressions des créateurs, de d développement, d’éducation, de formation, d’information et de communicat ion au sein du monde Francophone

L’AIF et l’AUF viseront ici à promouvoir l’utilisation et l’enseignement du français, son développement (terminologique, et néologique), ainsi que son recours dans les organisations et réunions internationales.

Parallèlement, cet axe concerne la promotion et le développement harmonieux des langues nationales et du français, en multipliant les partenariats linguistiques.

Cela implique la promotion du plurilinguisme ainsi que la traduction et la production de matériel didactique adapté.

D) Améliorer l’accés des créateurs, artistes, producteurs et éditeurs de la Francophonie aux marchés internationaux et la protection de leurs droits

Ainsi, l’AIF poursuivra et accentuera ses efforts visant à promouvoir la présence sur les marchés internationaux, de ses créateurs, artistes et de leurs produits.

E) Développer les industries culturelles, les technologies de l’information et les médias audio-visuels

L’AIF cherchera à encourager les regroupements industriels régionaux (tant pour la production que pour la distribution et la capitalisation) de façon à susciter des économies d’échelle. En ce qui a trait aux technologies de l’information, l’Agence et les autres opérateurs de la Francophonie les mettrant au service du développement durable.

F) Instaurer une concertation permanente élargie aux acteurs culturels de la société civile et du secteur privé

Cette action parle d’elle-même et elle sera pilotée par le secrétaire général de l’OIF qui a reçu le mandat, en s’appuyant sur l’AIF, de mettre ne place un dispositif permanent à cet effet. Ce mécanisme pourra donc alimenter, continuellement la réflexion des instances francophones concernant les problématiques culturelles.

Conclusion

Très sommairement, nous avons vu que la diversité culturelle comprend les modes de vie, la culture au sens large, les valeurs et le fonctionnement de nos sociétés.

La pérennité de nos sociétés est forcément liée au développement durable car l’épanouissement de nos populations et la préservation de leurs modes de vie sont tributaires d’un développement harmonieux, qui répond à toutes les aspirations et traduit tous les espoirs, quelles que soient les communautés linguistiques impliquées.

Comme le disait si bien le secrétaire général de l’organisation internationale de la Francophonie, Monsieur Boutros Boutros GHALI, à l’ouverture de la conférence qui accoucha de la déclaration de Cotonou : <<la diversité culturelle contribue à créer les conditions d’un développement durable, qui, fondé sur des principes démocratiques de justice, de transparence et d’équité garantissant la cohésion sociale, est susceptible de favoriser le respect des différences et l’ouverture aux autres…>>.

En terminant, voilà pourquoi il conviendrait, à mon avis de retenir la proposition fait par Monsieur Christian Brodhag, dans le cadre du présent colloque, à l’effet que la Francophonie, dans le contexte des travaux préparatoires à la conférence de Johannesburg, considère comme approche complémentaire à la négociation, l’ajout de <<la diversité culturelle et linguistique>> dans les biens publics mondiaux.

Ainsi, au même titre que <<la connaissance au service du développement>>, <<la lutte contre les maladies contagieuses>> ou encore <<la défense de l ‘environnement>>, la diversité culturelle deviendrait un principe fondamental, non seulement pour la Francophonie mais en matière de relations internationales, pour toute la planète.

Nous y gagnerions tous !

Merci de votre attention !