3. Monsieur Michel MONGEON, Association des premières Nations du Québec-Labrador, Canada
" Approche de la communauté Atikamekw de Wemotaci " DÉVELOPPEMENT DURABLE, BIODIVERSITÉ ET DÉVELOPPEMENT DE L’EMPLOI.
Les Premières nations
du Québec et du Labrador se sont données une stratégie
de développement durable qui veut répondre à ces enjeux
prioritaires :
. La préservation de la qualité du territoire et de la pérennité
des ressources;
. La protection et la consolidation des cultures et des langues autochtones;
. Le développement de la capacité locale;
. La participation aux processus de décision;
. Le développement économique;
. La nécessité de conclure des partenariats.
Cependant, les Premières nations se retrouvent dans une situation particulière afin de mettre en oeuvre un plan d’action pouvant répondre à ces enjeux. D’une part, le concept même de développement n’a pas la même connotation. Les valeurs fondamentales des Premières nations veulent que la question territoriale soit au centre de leurs préoccupations. En ce sens, l’humain a un devoir prioritaire de bien servir le territoire (Terre Mère) et non de privilégier certains besoins des humains au dépend de la qualité du territoire. Le partage équitable de ce que le territoire est en mesure de produire tout en gardant une marge de sécurité est aussi un principe sociétal dans le cadre des activités traditionnelles qui devraient aussi guider le développement.
En ce qui regarde la préservation de la qualité du territoire, la protection de la biodiversité doit être abordée en fonction de la productivité biologique disponible afin de répondre à toute une gamme des besoins fournis par un ensemble d’écosystèmes que recèle le territoire et dont l’intégrité est aussi préservée. L’usage des ressources et des écosystèmes était régi par un corpus de connaissances naturelles qui reposent sur des millénaires d’usages et d’adaptation au milieu. La perpétuation de ces connaissances et des codes de pratiques qui y sont associés ne peut perdurer qu’en fonction du maintien d’activités traditionnelles aptes à perpétuer les valeurs et les systèmes de contrôle traditionnels qui en découlent.
Par ailleurs, le développement économique des communautés autochtones est dépendant de l’accès au territoire et aux ressources. La mise en valeur du territoire et des ressources se doit d’être compatible ou du moins conciliable avec les valeurs et la vision qu’ont les Premières nations face à leur responsabilité de saine gestion de leur Terre. La préservation de la biodiversité, l’évaluation des possibilités de mise en valeur de chaque ressource disponible, la prudence dans la gestion ainsi qu’une approche de gestion communautaire sont des éléments qui s’inscrivent dans la problématique visant à s’approcher des principes culturels.
Aujourd’hui, la responsabilité de l’aménagement du territoire et des ressources, de même que l’encadrement au développement, revient aux officiers gouvernementaux dont la culture professionnelle est passablement différente d’une approche autochtone. Des efforts d’harmonisation sont donc requis pour assurer la compatibilité entre la vision des Premières nations et celle du gouvernement afin d’ouvrir la porte aux possibilités de création d’emplois qui s’intègrent dans les valeurs fondamentales des Premières nations.
La communauté de Wemotaci a mis en place une série d’actions visant à répondre à chacun des enjeux cités plus La vision des caractéristiques socio-écologiques du territoire et le processus décisionnel quant à l’application de modalité d’aménagement du milieu caractérisent bien l’approche autochtone. Ces modalités d’aménagement qui devraient répondre en grande partie aux prémisses de préservation de la biodiversité et du maintien des possibilités d’usages traditionnels ont pour objectif de concilier la vision de deux cultures. D’une part, il importe que les Premières nations influencent la façon dont le développement se réalise et d’autre part, d’ouvrir la porte à des possibilités de création d’emplois qui s’inscriront dans la continuité culturelle des travailleurs autochtones.
En suivant cette approche, la communauté atikamekw de Wemotaci pourra réaliser son projet de scierie dont la récolte de bois sera soumise à ce processus d’aménagement. Ce type d’approche de développement pourra correspondre à la vision de la communauté et assurer une survie culturelle sur un territoire de qualité. De plus, il sera possible de dégager des activités économiques viables qui devraient assurer un bon partage des retombées du développement et une autonomie à la collectivité.