AVANT-PROPOS

Si la Conférence de Rio a abouti à une réelle prise de conscience de l’importance des questions environnementales et de leur impact sur le développement, à la création de nombreux organismes, institutions et agences de l’environnement au niveau des gouvernements et de la société civile, à l’adoption de nombreux accords et conventions sur l’environnement, il n’en demeure pas moins que la mise en œuvre de l’Agenda 21 n’a pas été, de façon générale, à la mesure des engagements et des décisions prises. Le Sommet de Johannesburg, en terre africaine, dans quelques mois, sera l’occasion de répondre plus précisément à ces questions, de dresser un bilan et d’avancer concrètement et durablement.

En effet, le Sommet mondial pour le développement durable ne devra pas être uniquement un Rio + 10, comme on a parfois tendance, à tort, à le qualifier. Il devra non seulement réaffirmer fortement l’engagement en faveur des principes de Rio et de la mise en œuvre complète de l’Agenda 21, mais aussi considérer pleinement les trois piliers fondateurs du concept du développement durable que sont l’économie, le social et l’environnement. Il faudra tenir compte de chacun de ces piliers en tant que tels mais aussi, et c’est une nécessité évidente, dans leurs interrelations, l’ensemble formant un tout cohérent.

Le Sommet de Johannesburg devra intégrer les nouveaux défis qui ont émergé depuis Rio avec la mondialisation et le développement des technologies de l’information et de la communication, dont nous percevons aujourd’hui tant les risques réducteurs, si on laisse aller les choses selon la seule loi du marché, que les potentialités prometteuses, si on agit comme il se doit. En effet, la mondialisation n’est pas spontanément solidaire et ne saurait s’automaîtriser ou s’autoréguler. La communauté internationale se doit de tout faire pour l’humaniser, la normaliser, la tempérer par esprit de justice sociale et d’équité.

De même, la démocratisation, partout, de l’accès aux nouvelles technologies de l’information demeure la voie à suivre si l’on veut éviter l’approfondissement du fossé numérique entre "inforiches" et "infopauvres" et si l’on veut mobiliser, au profit de tous, les grandes opportunités qu’offrent ces technologies. La lutte contre la pauvreté devra, de ce fait, être la préoccupation marquante et un objectif majeur des travaux et décisions du Sommet de Johannesburg.Ceux-ci devront rejoindre et concrétiser les objectifs arrêtés lors du Sommet du millénaire, notamment en termes d’accès à l’éducation, à la santé de base, à la sécurité alimentaire, à l’eau potable et à l’énergie, soit, en un mot, aboutir au respect et à la jouissance des droits fondamentaux pour et par tous.

Ce sont là autant de conditions nécessaires au développement durable. Comme le sont également la conscience universelle et l’engagement collectif en faveur de la sauvegarde du patrimoine commun que sont la Terre et ses écosystèmes et de sa gestion attentive et équitable à l’intérieur des États, entre les États et entre les générations.

D’un autre côté, le développement durable, ce n’est pas de courir derrière un modèle unique venu d’ailleurs ou imposé par d’autres. Le développement durable, c’est de garantir, à tous, les droits fondamentaux d’une vie digne, libre et prospère, tout en préservant l’identité, l’histoire, la langue, les arts et la civilisation de chaque peuple, autrement dit en sauvegardant la diversité culturelle de toutes celles et de tous ceux qui peuplent la Terre.

La défense de la diversité culturelle qui est l’un des fondements essentiels de l’action de la Francophonie, est effectivement un des enjeux cruciaux du développement durable. Le dialogue entre les cultures et les civilisations constitue également la condition préalable de l’émergence de la conscience universelle et de l’engagement collectif et solidaire pour le développement.

M.Koffi Annan déclarait récemment: "Le processus de développement durable n’est pas une notion abstraite.

Il touche les habitants du Nord comme du Sud, et prend un visage humain avec les paysans contraints à des déplacements de plus en plus lointains pour trouver de la nourriture et du bois pour chauffer, avec les habitants des taudis qui vivent dans des conditions sanitaires morbides, avec des travailleurs urbains qui souffrent de la pollution et de l’entassement." M. Annan estimait que tous ces problèmes étaient surmontables.

Et ils le sont. Ils le seront d’autant plus si, à Johannesburg, on aboutit à un plan d’action contenant des programmes concrets et des engagements fermes.

Ils le seront si tous les acteurs, gouvernements, entreprises, société civile, sont impliqués et responsabilisés dans des partenariats multiples et féconds.

Ils le seront si des modes de financement et des pratiques de commerce international novateurs sont mis en œuvre, avec des flux, suffisants et plus équitablement répartis, d’investissement étrangers dans les pays en développement, notamment les PMA; avec l’ouverture des marchés du Nord aux produits du Sud; avec une augmentation importante et réelle du volume et de la qualité de l’aide publique au développement; avec des mesures d’allègement de la dette pour les pays les plus pauvres, notamment les pays les moins avancés; avec un renforcement de la cohérence des systèmes monétaire, financier et commercial internationaux.

Ils le seront si des mécanismes sont concrètement mis en œuvre pour le développement et la diffusion de technologies propres dans les pays en développement.

Ils le seront si partout s’établissent, aux niveaux national, régional et international, des cadres institutionnels et de gouvernance adéquats.

En un mot, ils le seront si, à Johannesburg, se construit une véritable coalition mondiale pour le développement durable.

Pour sa part, la Francophonie, qui appelle de tous ses vœux une telle coalition, se présentera à Johannesburg porteuse de propositions concertées et solidaires. Espace par excellence de diversité culturelle et de solidarité, elle peut et doit jouer un rôle de médiation afin que le Sommet mondial pour le développement durable atteigne les résultats escomptés.

Le continent africain, hôte du Sommet, exige des efforts particuliers et des engagements renouvelés. Dans la déclaration qu’ils ont adoptée lors de la Conférence préparatoire de la Région, les Ministres africains ont constaté que, dix ans après Rio, nombre de pays sont dans une situation critique.

La plupart des pays d’Afrique continuent d’être marginalisés et pâtissent de la mondialisation. Les marchés du Nord ne sont pas suffisamment ouverts aux produits africains. Le niveau de l’aide publique au développement et des investissements privés étrangers demeure très bas en Afrique. La crise sanitaire ne cesse de s’aggraver, et nombre d’autres problèmes énergétiques et environnementaux se posent pour le continent.

L’initiative novatrice des chefs d’État africains, le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique, doit être soutenue par la Communauté internationale à Johannesburg car le développement durable ne peut se faire sans l’Afrique ou avec une Afrique marginalisée.

La Francophonie, dont la majorité des pays membres sont de l’Afrique, prend fait et cause pour une telle initiative. Le Sommet de Johannesburg devra inscrire ses propositions dans une vision qui donne toute sa place au Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique.

C’est aussi une contribution à la réussite du Sommet.

C’est aussi la voie du développement durable.

El Habib Benessahraoui
Directeur exécutif
Institut de l’énergie et de l’environnement
de la Francophonie (IEPF)