RAPPORT DE L’ATELIER N°8

L’atelier sur l’éradication de la pauvreté, mission possible ? s’est tenue le 12 mars 2002 à la salle sali Portudal N° 2 du Novotel de 8 heures 50 à 12 heures 30 mn. Il avait pour animateur Monsieur Youba SOKONA de ENDA Sénégal et comme secrétaire de séance, Madame BADO Hortense de la COPROD du Burkina Faso.

Cet atelier a regroupé une trentaine de participants parmi lesquels, on dénombre des originaires du Vietnam, du Mali, de Madagascar, du Cap Vert, de la France, de la Belgique, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée, de l’île Maurice, du Sénégal, de la Tunisie, du Maroc et du Gabon ; ceci pour souligner la diversité culturelle des participants autour de la question de pauvreté.  

Démarrant les travaux de l’atelier, l’animateur a demandé aux participants de se présenter individuellement en mettant l’accent sur leur perception propre de la pauvreté.

De ce tour de table, il est ressorti que la pauvreté est un constat d’échec, une humiliation, un état d’esprit, une incapacité d’accès, un état de manque dans lequel une personne est privée des conditions de vie essentielles et ne disposant pas de nécessités aussi vitales que la nourriture, l’eau, les soins sanitaires, le logement, l’habillement, l’éducation.

C’est un manque de capacité à prendre en charge son destin, une ombre qui pèse sur l’âme d’un individu et qui l’empêche de s’épanouir.

La pauvreté peut-être aussi considérée comme une exclusion, une marginalisation, tant physique que matérielle dans un contexte où l’individu n’a plus d’espoir dans la société où il se trouve. L’atelier a fait ressortir le lien étroit qui existe entre pauvreté et environnement ; partant de là, le pauvre a été identifié à celui qui contribue le plus à la dégradation des ressources naturelles pour sa survie.

La pauvreté est liée à un taux et à seuil au delà duquel elle se transforme en misère. Toutefois l’atelier a reconnu que la pauvreté matérielle n’enlève pas la chaleur du cœur . La meilleure illustration de tout cela, c’est que la pauvreté de l’humanité d’aujourd’hui c’est de ne pas pouvoir partager.  

Après cet exercice de mise en contexte des participants, trois études de cas sur les quatre prévus ont été présentés :

Il s’agit :

Concernant l’étude de cas sur le développement endogène de SANANKOROBA, Monsieur Moussa KONATE a présenté cette expérience qui repose sur quatre axes d’intervention.

Elle permet le développement des ressources humaines, moteur de la prise en charge de la collectivité ; elle est orientée vers la formation générale comme l’alphabétisation en langues locales, et/ou formations techniques (gestion financière) Le deuxième exposé de lutte contre la pauvreté en Tunisie se table sur l’élimination des causes de l’exclusion sociale, la promotion de modes de consommation et de production plus rationnels et sans gaspillages, la maîtrise de la croissance démographique et la protection de la santé. Depuis 1990, la Tunisie a développé une politique active d’insertion socio-économique des populations les plus pauvres en s’appuyant sur trois objectifs majeurs contenus dans l’Agenda 21. Il s’agit :

Pour atteindre ces objectifs la stratégie adoptée englobe 3 volets :

L’insertion sociale des populations vulnérables passe par :

L’octroi d’aides spécifiques : Ce type d’aide s’adresse aux travailleurs ayant cessé leur travail pour des raisons économiques et techniques.

· L’intégration des groupes vulnérables dans les circuits économiques s’exécute par - des appuis au secteur informel ;

· Le programme d’insertion a touché ,durant la période 1993 – 2000, 1500 zones identifiées préalablement peuplées d’environ 1 million de personnes.

Cette politique de lutte contre la pauvreté a permis de la réduire de 12,9% en 1980 à 4% 2000.      

Le troisième exposé était ciblé sur une expérience de création d’une banque par les femmes en Côte d’Ivoire ; cette expérience se passe dans un contexte socio-économique dégradé et défavorable à la femme. En Côte d’Ivoire, les efforts consentis par les politiques nationales en faveur de la femme pour sa promotion et l’amélioration de ses conditions ne sont pas arrivées à inverser sa situation . Elle demeure dans un état d’analphabétisme et de pauvreté qui l’empêche d’accéder au développement. Elles manquent cruellement de soutiens financiers pour promouvoir leurs activités économiques et commerciales. L’alternative des tontines qui sont des formes de crédits sans intérêt ont montré leurs limites ; les premières bénéficiaires ne sont pas pour la plupart prêtes à continuer de payer les échéances.

D’où la nécessité de mettre en place des structures formelles, légales et organisées : la banque pour les femmes ; La création de cette banque est bâtie sur trois étapes essentielles qui sont :

  1. La création d’une association dont les objectifs concernent :
  1. Sensibilisation
Le but est de cibler et d’atteindre le maximum de femmes par les canaux suivants :
  1. Mobilisation de l’épargne
Le capital est divisé en parts La participation au capital est attestée par acte notarié . Ce qui répond à la nécessité de protéger les souscriptions. A ce jour le captal mobilisé par les femmes est de 100 000 000 FCFA pour 2200 femmes adhérentes. En attendant de réunir un capital suffisant pour la création de cette banque, l’alternative fut portée sur une mutuelle, à capital variable dont les statuts et règlements ont été adoptés en Février 2002. Cette expérience jeune mais porteuse des femmes de Côte d’Ivoire mérite une attention particulière , car ne dit-on pas " qu’aider une femme, c’est contribuer au bien être de toute une famille ". Après ces trois exposés , il n’a pas été possible à l’atelier de répondre pleinement à la question : " l’éradication de la pauvreté , mission possible ?" Mais il est unanime à reconnaître que la lutte contre la pauvreté est une utopie ; il convient de dire plutôt " réduire la pauvreté ". En conséquence les débats se sont focalisés vers les pistes possibles pour réduire la pauvreté. L’atelier a fait le constat sur l’inadéquation des systèmes de lutte actuel contre la pauvreté. Il a déploré que ces systèmes de lutte mettent surtout l’accent sur l’initiation d’activités économiques par le biais des projets. Mais la question qui demeure est de savoir s’il est possible de développer un pays par des projets ? Comment faire donc pour sortir de la logique des projets ? L’atelier a retenu des préalables à la lutte contre la pauvreté parmi lesquelles on peut retenir : Parmi les pistes explorées, l’atelier a trouvé que pour lutter contre la pauvreté, il faut :  

Accroître les subventions et dons des partenaires en lieu et place des prêts, même concessionnels.

La proposition du NEPAD comme étant une solution à la lutte contre la pauvreté a largement été débattue au niveau de l’atelier. De l’avis général, il ressort que le NEPAD pourrait être une initiative porteur dans le cadre de la lutte contre la pauvreté, mais à nos jours, elle demeure encore mal connue par les populations.          

IDEE FORTE RESSORTIE DE L’ATELIER  

De l’atelier, il est ressorti que l’éradication de la pauvreté passe nécessairement par la lutte pour la citoyenneté pleine et conséquente, une citoyenneté qui favorise la participation aux prises de décisions, une citoyenneté qui ne marginalise pas, une citoyenneté transparente qui donne droit et accès à tout.

Le rôle que doivent jouer les différents acteurs, c’est de faire en sorte que le reste de la communauté comprenne la complexité de cette citoyenneté, que ce soit au niveau institutionnel, politique, économique, social et culturel.