Animatrice : Madame Claire Sabourin, Université du Québec à Montréal, Québec.
Témoignages :
1- Madame Laure Waridel, Equiterre, Québec
2-Monsieur Mamadou Dianka, Programme régional pour les énergies traditionnelles (RPTES), Sénégal
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Présentation de Madame Claire Sabourin :
Au cours de la décennie 90, trois espaces de pensée et d’action ont influencé les modes de consommation et communiqué au monde des messages paradoxaux :
Nous sommes à un tournant où la nécessité de redéfinir de nouveaux modes de consommation et de production devrait nous faire comprendre qu’un nouvel équilibre doit être défini entre ces trois espaces.
Témoignage de Madame Laure Waridel : Le commerce équitable pour humaniser l’économie
Il a d’abord été question du contexte économique global dans lequel les échanges prennent place et de l’externalisation des coûts environnementaux et sociaux.
L’histoire du commerce équitable et la certification sont ensuite présentés afin d’illustrer la dimension socio-politique de nos choix de consommation. Le cas de la coopérative Union de Comunidades Indigenas de la Region del Istmo (UCIRI) illustre les effets concrets du commerce équitable du café pour des autochtones du Mexique.
Laure Waridel a présenté ensuite les développements du commerce équitable au Canada et le succès de campagnes de sensibilisation et d’action mise de l’avant au Québec par des groupes comme Equiterre et Oxfam-Québéc.
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Témoignage de Monsieur Mamadou Dianka : Usage efficace des énergies traditionnelles
En Afrique Sub-Saharienne et en particulier dans les pays du Sahel, se pose de façon cruciale le problème de la fourniture d’une énergie fiable pour les besoins de cuisson.
La biomasse, et plus particulièrement le bois, représente 60 à 80% de la couverture des besoins énergétiques : les populations prélèvent sur la forêt pour cuire leurs aliments, entraînant sa dégradation.
Depuis 30 ans, avec l’appui des partenaires au développement, les pouvoirs publics ont engagé des programmes pour ralentir cette déforestation.
Les principales actions ont porté sur l’offre et la demande en énergies de cuisson.
La gestion de l’offre a obtenu peu de résultats avec des programmes de plantations d’essences rapides et d’agro-foresterie ;
En revanche, les programmes d’aménagement participatif, mettant à contribution les populations riveraines des massifs forestiers, donnent des résultats prometteurs.
La gestion de la demande repose sur des programmes de remplacement de combustibles (butane, kérosène, produits à base d’éthanol ou charbon issu de la valorisation de résidus agricoles, comme la balle de riz ou les coques d’arachides).
Dans cette étude de cas, il a donc été montré que, compte tenu des enjeux de ce problème dans le cadre d’un développement durable (lutte contre la pauvreté et préservation de l’environnement), les modes de consommations doivent être repensés :
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Bref résumé des échanges
La discussion qui a suivi ces présentations a été fort riche. Dans la première partie seront présentés un résumé succinct des constats et des interrogations nés au cours de cet échange et, dans la seconde, les recommandations qui en sont issues.
I –
Trois idées fortes ont été récurrentes dans tous les échanges. Elles constituent des préalables essentiels aux recommandations :
Les modes de consommation sont inséparables des modes de production : On ne peut pas parler des modes de consommation sans évoquer les modes de production. Et on ne peut pas vouloir faire évoluer les uns sans modifier aussi les autres. Il est clairement apparu que les pays du Sud pouvaient difficilement assurer la protection de l’environnement, avec des modes de production durables si les pressions économiques très fortes continuent de s’exercer sur les consommateurs (publicité, télévision) et sur les acteurs économiques (compétitivité par rapport aux pays du Nord).
Le respect et le maintien de la diversité culturelle est un pilier essentiel du développement durable : La mondialisation économique porte atteinte à la diversité culturelle. On a parlé d’un " colonialisme mental " se référant aux effets négatifs d’un modèle culturel unique, essentiellement américain. Les participants de l’atelier ont affirmé le rôle important que peut jouer la Francophonie : elle est le lieu de la diversité culturelle, elle doit dès lors être un lieu de la défense de cette diversité. Dans ce contexte, le soutien à apporter à la diversité culturelle doit se manifester dans un soutien à la recherche issue des savoirs traditionnels. Le développement des pays du sud doit se faire en puisant dans la tradition et les pays du Nord doivent reconnaître qu’ils ont beaucoup à apprendre de ces sociétés traditionnelles, en particulier, quant il s’agit de transférer des technologies qui devraient être adaptée, prenant en compte les conditions locales.
L’acte d’achat est un acte citoyen : Il faut redonner une valeur politique à la consommation, insister sur le rôle citoyen, social et culturel de l’acte de consommation.
II-
Les échanges ont aussi porté sur trois autres dimensions essentielles
L’appellation même de " transfert " a fait l’objet de discussions, reflétant un mouvement à sens unique des connaissances et des technologies qui a montré ses failles et ses limites avec des projets de développement imposés à des régions, sans tenir compte des réalités locales et sans impliquer directement les citoyens concernés dans leur implantation. les technologies transférées qui ne sont pas accompagnés de formations des personnes vivant sur place ont du mal à se pérenniser.
Dans les pays du Sud, l’éducation n’apparaît pas encore comme une priorité malgré toutes les déclarations d’intentions.
De plus, il existe un grave problème de disponibilité de l’information dans les pays du Sud : les supports d’information manquent ainsi que les outils de diffusion. La crainte a été exprimée que les pays d’Afrique restent au ban de la société de communication et, plus particulièrement, n’aient pas accès aux nouvelles technologies de communication. L’Afrique, par exemple, est le continent où il se produit le moins de contenu sur Internet.
La promotion d’un modèle de consommation planétaire et uniformisé par de grandes firmes occidentales provoque des changements culturels, non souhaités, qui vont à l’encontre du développement durable. Il faut donc restaurer la capacité de choix, au niveau :
Il faut redonner au niveau local et aux communautés la capacité d’intervention et de décision.
Pour conclure
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Recommandations1
Les recommandations ont été regroupées sous deux thèmes, chacun s’articulant sur quelques propositions plus concrètes. Ces dernières sont le résultat d’échanges qui ont porté sur les expériences et les défis qu’ont à relever les communautés de pays africains représentés et des populations des pays du nord dont celles des Premières Nations vivant au Québec.
Je me permettrai d’ajouter que, moyennant quelques ajustements, ces propositions pourraient s’appliquer à des populations marginalisées et appauvries vivant en milieu urbain, populations ayant, selon toute apparence, perdu contact avec le territoire et vivant en grande partie un processus de " déculturation ".
Le résultat de ces échanges autorisent à modifier légèrement le titre à savoir que nous avons la responsabilité de penser des modes de consommation durables pour le mieux-être non seulement des générations futures mais aussi des générations présentes étant donné les niveaux de vie déplorables imposés à un pourcentage élevé des populations de la planète. Il est, dans le contexte, impossible de parler de modes de consommation durables sans aussi parler d’accès à une consommation durable.
Finalement, il faut préciser que ces recommandations ne touchent qu’une partie des changements qu’il faudrait introduire pour modifier les modes de consommation non durables au niveau mondial. À peine furent discutés les problèmes occasionnés par la consommation excessive " au nord du nord et au nord du sud ".
Comme il a été dit dans la première partie du présent document, ces recommandations s’appuient sur trois idées forces qu’il est important de rappeler.
À ces trois idées, s’en ajoute une quatrième, essentielle, autour de laquelle s’articule le premier bloc de propositions.
Les besoins en éducation, en formation et l’accès au savoir technologique
On répète souvent qu’il faut éduquer les dits consommateurs et plus particulièrement les femmes comme le disent le rapport des Nations-unis, afin de les inciter à changer leurs modes de consommation. Contrairement à cette position limitative, les personnes présentes dans l’atelier pensent que doit être éduquée la très grande majorité des acteurs économiques, des professionnels de l’information, des magistrats ainsi que des élus des différents niveaux de gouvernement. Cette éducation ne peut se limiter à faire prendre conscience, individuellement, de l’impact de nos actes de consommation. L’éducation requise doit viser à faire comprendre que l’acte de consommer s’intègre dans une logique plus large qui traverse toutes les dimensions de la société et guide les décisions prises à plusieurs niveaux légal, politique et économique, etc. Le changement dans les modes de consommation ne pourra s’opérer si cette question continue d’être traitée comme un élément isolé relevant de la seule initiative des dits consommateurs.
Les échanges en atelier ont aussi reconnu l’absolue nécessité de sauvegarder la diversité culturelle comme le fondement même du développement des populations appauvries et comme une des voies les plus prometteuses pour assurer le maintien voire l’introduction de modes de consommation et de production durables. Cependant, les recommandations plus concrètes se réfèrent plus spécifiquement à des dimensions touchant les communautés locales et traditionnelles, avec comme objectif de renforcer les capacités productives de ces communautés ainsi que leurs habiletés décisionnelles. L’implantation de telle recommandations implique toutefois, comme il a été souligné précédemment, que les instances décisionnelles aient une compréhension plus juste des vastes enjeux que soulève la question du changement des modes de consommation non durables. Dès lors,
Les différentes communautés culturelles ont fait preuve dans le passé de leur capacité d’assurer, de façon durable, l’agencement des dimensions humaine, culturelle, technique ainsi que gestionnaire en assurant la pérennité de leur milieu de vie. Elles sont les réservoirs de connaissances et d’expertise, expertise qui repose en grande partie sur les rapports que ces dernières entretiennent avec leur territoire. Ces connaissances reposent en bonne partie dans les mains des femmes. Le rapport à la terre structure mais surtout, fonde leurs particularités culturelles et, dès lors, la diversité des sociétés traditionnelles. La sauvegarde de la langue, la cohésion sociale de leur communauté et le bien-être qui peut résulter de leurs activités productives dépendent de la qualité des rapports que ces communautés pourront continuer d’entretenir avec leur territoire et leur histoire. À cet égard, il a été ajouté que la capacité des peuples d’assurer leur sécurité alimentaire sans l’imposition de nouveaux produits transformés, d’organismes génétiquement modifiés était partie intégration de la préservation de leur intégrité.
Toutefois, les communautés locales et, en particulier les communautés traditionnelles, doivent être soutenues dans ce développement par le recours et, dès lors, l’accès à des outils modernes et aux connaissances adéquates. Il ne fait aucun doute que de nouvelles capacités productives devront être développées et les capacités existantes améliorées. Ces améliorations et transformations devront toutefois se faire en assurant le maintien de l’intégrité des communautés concernées. Le développement et l’évolution de leurs capacités productives devront résulter d’un processus interne à ces dernières, d’une démarche endogène qui leur assurera la maîtrise de l’ouverture de leur communauté vers l’extérieur. Pour ce faire :
C’est donc par l’imbrication des savoirs nouveaux et des savoirs traditionnels porteurs de la diversité culturelle que pourront se mettre en place de nouveaux modes de consommation durables, pour une part plus grande de la population mondiale. Cette orientation redonnera aux populations appauvries un niveau de vie dont ils sont dépourvus dans le cadre du développement économique et technologique actuel.
Financement et alternatives au financement
Le deuxième groupe de propositions concerne la question du financement ou plus précisément du manque de ressources financières donnant accès aux savoirs et aux technologies. Il faut dire que la difficulté face à laquelle se trouvent plusieurs communautés quant à l’accès à des sources de financement est le reflet des modes actuels de création, d’appropriation et de valorisation des savoirs théoriques et pratiques qui en limitent volontairement l’accès. Dès lors,
A peine la réflexion a été amorcée mais la perspective posée est clairement identifiée. Il s’agit non seulement de trouver des sources financières nouvelles ou d’assurer le transfert de technologies, mais surtout de développer des structures différentes qui permettent un nouveau partage des savoirs, ces derniers étant reconnus comme faisant partie du patrimoine commun de l’humanité.
Il ne s’agit plus de penser simplement en terme de " transfert " de technologies et de savoirs mais de " partage " des connaissances et des technologies assurant la sauvegarde tant de la bio-diversité mais aussi de la socio-diversité c’est-à-dire du vécu des communautés locales. Il s’agit de reconnaître le potentiel plein et entier de chaque communauté de décider de son développement et de prendre une part active dans le développement de modes de consommation et de production durables.
Cet atelier a apporté un point de vue très novateur sur la consommation en faisant sortir les réflexions sur le changement des modes de consommation de la logique étroitement consommatrice comme le font les textes des Nations-Unis depuis 1992. Le changement de culture qu’on dit urgent d’opérer pour que se développent des modes consommation durables ne pourra surgir des moyens que proposent les réflexions préparatoires du Conseil économique et social des Nations-Unis à la rencontre de Johannesburg.
Claire Sabourin (sabourin.claire@uqam.ca)
1 L’atmosphère des échanges qui ont eu lieu dans l’atelier n’avait rien à voir avec une volonté de retour en arrière ni la valorisation de manière inconditionnelle de ce qui nous est transmis par les cultures traditionnelles. Il est important de le mentionner, s’il n’a pas été discuté clairement, cet aspect a filtré dans la manière dont se sont déroulés les échanges.